mercredi, juin 13, 2007

Granville : l'épilogue (A la Vie. A l'Amour)

Je suis rentré dans ce restaurant davantage par réflexe que par besoin. En fait, je n’ai pas faim du tout. Depuis quelques heures, j’ai une boule dans la gorge et dans le ventre. Elle m’a dit qu’elle ne pourrait pas venir... A la réception de son texto, j’ai ressenti tout le long de mon dos un glacement humide qui m’a ouvert les portes de l’enfer. Je n’ai même pas pris la peine de décommander la table pour deux que j’avais réservée dans ce grand restaurant parisien près de la gare de Lyon, et où je pensais passer ma soirée avec Elle. Pardon... mais je n’ai pas eu envie de recomposer ce numéro qui, pourtant, il y a seulement 48 heures, était empreint d’une magie de grand bonheur.

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Alors je me suis retrouvé dans cette pizzeria minable, entre un arrêt de bus et une pharmacie dont la croix faisait des échos verts sur le trottoir, après la pluie qui était tombée en fin d’après-midi, et qui retombait de plus belle depuis une heure.

On m’a installé dans un coin, au bout d’une banquette. Une petite table de rien du tout avec pour seule compagne une chaise vide devant moi. Une chaise vide, vide comme l’absence et le froid. Je n’arrête pas de la regarder, cette chaise vide. J’ai presque envie de lui parler.

Je suis triste. Horriblement triste. Triste à en mourir.

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Dans un restaurant vide ou les mouches se taisent
J'aime entendre l'écho des phrases refroidies,
Cette conversation muette qu'ont les chaises
En groupe, sous le lustre éteint, l'après midi.

  

Je ne sais même plus ce que j’ai commandé pour dîner. En fait, je ne sais même pas pourquoi je suis rentré là-dedans… : je ne peux rien avaler. Le parfum qui se dégage de l'assiette que vient de m'apporter le serveur ne me procure même plus les douces sensations habituelles. Mon dîner refroidit. Il peut toujours attendre ! Il ne sera jamais aussi froid que ce que je ressens en ce moment dans mon ventre.

ae5f01092f9f7024c85335761787ea2b.jpgJ'ai les yeux dans le vide. Désespérément. Je pense à Elle, évidemment. A ce qu’elle doit être en train de faire en ce moment-même. J’ai les plus gros doutes sur son emploi du temps de ce soir. Surtout depuis qu’Elle m’a parlé de ce « JL », chez qui Elle a fait, il y a quelques semaines, une fiesta du tonnerre ! Chez lui, autour de sa piscine, sur les hauteurs de Nice où Elle est allée passer un week-end de fête… Elle m’a dit qu’Elle était « super-pote » avec lui. Mais qu’est-ce que çà veut dire, bon sang ?? C’est quoi le message ? Il l’a culbutée ou non ? Je ne sais pas. Mais j’imagine cette fête, avec sûrement plein d’amis et d’amies. La musique, les jeux, les karaokés, les toasts, le vin frais qui sort du réfrigérateur… Avec la chaleur qu’il faisait, ils ont du passer des heures innombrables dans l’eau. Et à minuit, qu’ont-ils fait ? Est-ce que JL n'aurait pas suggéré de baisser la sono, de baisser la lumière, pour que tout le monde puisse, sans honte, s’offrir un bain de minuit, nus dans sa piscine ? Alors tous les maillots seraient tombés en même temps, et puis… et puis…  

 

Les gens dans les piscines privées,
Se privent d’espérance...

  

« Il vous manque quelque chose, monsieur ? ». Le serveur, par ces simples paroles, m’a rappelé où j’étais. « Non, merci, lui ai-je répondu. Tout va bien ». Alors j’ai ré-attaqué mon plat, comme un ouvrier à la chaîne qui reprend son dur labeur. Sans plaisir.

Un petit bouquet de fleurs est censé agrémenter chaque table. Le mien est un bouquet multicolore, à dominante sombre. Je ne saurais dire ce que c’est au juste, ni même si une odeur quelconque s’en dégage. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je ne sens plus rien. Je ne sens qu’Elle… Le restaurant est de plus en plus bondé, mais, malgré le bruit, j’ai l’impression d’être seul, dans le vide... Seul : je sais que c’est le mot qui marquera désormais ma vie jusqu’à mon dernier souffle….

  

Déjà fanées les fleurs deviennent funéraires,
Et la tapisserie est un ciel sans saveur ;
L'ensemble a comme un goût de mort, et de mystère.
Quand le faux jour d'hiver délave les couleurs.
  

Les vitres n'ont d'éclat,
Que ce que le tissu des rideaux laisse filtrer,
Peut-être... laisse t-on en été, bailler une fenêtre.
Et l'horloge tranquille a un air au-dessus
Qui règne sur ce silence qui converse,
Et que trouble parfois au dehors une averse,
Sur les porte-manteaux dorment les pardessus.

  

Tout se mélange. J’ai les lèvres sèches. Rien ne peut m’enlever de la tête ces visions d’horreur dans cette piscine. Je phantasme, je le sais. Je délire complètement, mais c’est plus fort que moi,... parce qu’Elle est en moi.

Parce que je l'aime. D'un amour dément. Dément et indescriptible.

Bien sûr, je meurs de jalousie. Mourir au premier sens du terme. Je fane de minute en minute. J’ai la jalousie dans le cœur, dans la tête, dans le ventre, dans le sexe. J’ai envie qu’on me dépèce sur place pour m’enlever ce fiel, cet acide, ce cancer qui me ronge avec perversité. Je voudrais être dans un petit village de Normandie et regarder son monument aux morts… pour y lire mon nom inscrit dessus…

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Je ne sais qu’une chose : je ne vais pas bien.     

J’ai fini la moitié de mon assiette. Ça ira largement. J’ai demandé l’addition au garçon qui s’est empressé d’aller voir le responsable de la salle pour l’informer que ma table aller se libérer. Les affaires sont les affaires… Mais tout ce business me dégoûte. Ça y est, deux jeunes hommes viennent d'entrer et je vois le patron les accueillir avec une avalanche de sourires et leur apprendre qu'une table - la mienne - serait disponible dans quelques instants. Vu leurs manières de s’avancer, je pense qu’il s’agit d’un couple… Les deux jeunes hommes se sourient et dans leurs yeux passe un courant de gentillesse et de douces attentions. C’est écrit sur leurs fronts ! C'est beau...

    

Les amitiés particulières,
C'est quand les filles nous font peur...

      

Il y a peut-être cent personnes dans cette salle bondée. Il me semble entendre des milliers de voix. Je perçois des cris d’enfants... Et pourtant, je vis le supplice de l’attente, le supplice du néant. Le supplice de l’absence… Malgré tout ce monde qui grouille autour de moi, je ne vois personne. Parce que je ne peux pas penser à autre chose qu’à Elle. Je revois sans relâche ses yeux verts, je sens sa présence comme si Elle était près de moi, avec son parfum si doux. J’ai envie de sa peau, de sa main… Sa présence aux teintes de la Manche, sa voix fraîche comme la mer qui borde le port de Granville… Elle me manque ! Elle seule sait me parler. Elle seule sait m'écouter. Elle seule sait me rassurer, sait m'aimer. J’ai envie de l’embrasser, de la caresser, de la prendre dans mes bras, de la sentir tout près de moi. J'ai envie de la chérir...

Vite, sortir d'ici… aller ailleurs !! Je ne sais pas où, mais sortir de ce restaurant où je n'ai pas ma place !! Je tends sans presque y réfléchir un billet au serveur ; il me remercie et s’apprête à me rendre la monnaie ; mais lorsque je lui ai dit qu’il pouvait la garder, il est resté sans voix, tant ce qu’il devait me rendre devait être important. Mais çà n’a aucune espèce d’importance : je m'en fiche comme de ma première chemise. Il faut que je prenne l’air.

En franchissant le seuil, je me suis aperçu que j’étais moite, les cuisses et le dos trempés d’une angoisse froide. Il pleut sans discontinuer mais ce n’est pas grave. Mécaniquement, je pourrais respirer, mais je n’y arrive toujours pas. Je halète. Je suffoque. Je pense que je vais étouffer. Je m’appuie contre un candélabre et les passants se posent des questions en me regardant dans cet état, trempé sous cette pluie battante... Alors je me suis mis à marcher...

Et c'est là que tout s'est passé. Je n'ai rien vu venir tellement cela a été rapide, mais j'ai entendu. J'ai entendu une voix d'ange hurler mon prénom de tous ses poumons : la voix d'un elfe magique.... Elle, cet amour si parfait qui avait essayé de me joindre toute la soirée, et moi, pauvre idiot qui avait coupé la sonnerie de mon portable... Oui, c'est Elle !

medium_DN81.jpgDu trottoir d'en face, Elle m'a aperçu sortir du restaurant. Alors Elle s'est mise à hurler, en pleurant, en me demandant pardon. Mais pardon de quoi ?... Quelle erreur aurait-Elle bien pu faire pour me demander pardon ? Aucune, évidemment... Demande-t-on a une fleur de s'excuser si elle est trop douce ou trop belle ? Si son parfum est sublimissime ? Demande-t-on à une merveille du monde de demander pardon ? Non, ce serait ridicule. Ce serait grotesque. Et dans le cas présent, c'est moi qui me sens grotesque et ridicule...

Alors je suis resté là, tétanisé de surprise et de bonheur devant ce revirement de situation. Je me suis demandé si je rêvais. Si les ingrédients de mon dîner ne contenait pas quelque élixir qui monte à la tête... Mais non. Elle, Elle était là, à quelques mètres de moi. Trempée jusqu'aux os. Elle avait dû essayer de me trouver dans le quartier, arpentant les rues les unes après les autres, les cafés, les ruelles, les tavernes...

Elle hurlait "je t'aime" de l'autre coté de la rue, et moi j'étais abasourdi. Trempé comme Elle. Ma bouche ne pouvait pas s'ouvrir. J'étais devenu une statue de cire.

  

Pourtant, avant les pluies d'automne,
Avant de n'être plus personne,
Que les phrases de mes chansons...
Je veux fermer la parenthèse ;
Quitte à ne plus jamais chanter,
Tant pis si j'y laisse mon âme :
Tu ne seras pas une femme
Qui se conjugue au temps passé.

  

Encore quelques secondes, juste le temps pour Elle de traverser. Juste quelques petits instants avant le feu d'artifice. Avant le bonheur. Avant la vie, tout simplement.

Durant ces quelques secondes qui m'ont parues interminables, je me suis détesté pour avoir pensé des choses horribles la concernant, pour avoir osé la salir en pensées... Est-ce que je la mérite vraiment ? Est-Elle digne de moi ? Quel crétin je suis. Si seulement j'avais laissé mon portable ouvert, je lui aurais parlé, et en ce moment nous serions dans les bras l'un de l'autre. Dans un grand lit. Mais comment ai-je pu avoir eu ces pensées ignobles ? Peut-être que parce que c'est moi, finalement, qui suis ignoble. Dieu ! pourra-t-Elle pardonner toutes mes faiblesses ? Pourra-t-Elle vivre en me redonnant confiance en moi, en m'insufflant le bien, le beau ? Le joli ? Après tout ce fiel que j'ai déversé dans une piscine de phantasmes dans laquelle Elle n'a jamais trempé le moindre orteil...

Encore quelques toutes petites secondes.

Et c'est là que tout s'est passé. Je n'ai rien vu venir tellement cela a été brusque. Mais j'ai vu son regard se rapprocher de moi quand Elle a commencé à traverser. J'ai vu son visage s'illuminer de plus en plus. Elle avait fait la moitié de la route quand j'ai entendu le crissement des pneus. Et puis l'anéantissement. La voiture qui a déboulé par ma droite, comme une folle. Une petite voiture noire, aux couleurs de la nuit. Comme une fusée d'horreur aux parfums de l'enfer, comme un bolide désarticulé et pénétré de folie meurtrière, cet engin destructeur venait de faucher mon Amour comme on fauche les blés.

La seconde d'après, j'étais accroupi auprès d'Elle, en plein milieu de la rue. La voiture l'avait heurtée si fort que sa tête reposait maintenant sur une flaque de sang. Elle ne pouvait presque plus respirer. Des badauds arrivaient par dizaines. Des femmes hurlaient. Un homme est venu derrière moi me mettre la main sur les épaules, me disant "Ne vous inquiétez pas pour votre femme, monsieur, les secours sont prévenus".

Ma femme... C'était donc si visible, que l'on était fait l'un pour l'autre ?

Ma femme... Oui, bien sûr... Alors je me suis dit qu'il fallait le lui demander maintenant. Ne pas attendre davantage. J'avais déjà gaspillé tant de siècles ! Oui, à cette seconde, je me suis lancé, et lui ai demandé de m'épouser. Elle n'a pas répondu. Mais Elle a souri. Un sourire qui voulait dire "Oui". Ce sourire qui parlait tant malgré le mutisme qui l'enveloppait... Puis j'ai vu un filet de sang sortir par la commissure de ses lèvres, et j'ai vu son attitude se crisper.

Un passant est allé récupérer une de ses chaussures qui, à cause du choc, a fait un bon d'horreur et a atterri de l'autre coté de la rue. Image dérisoire... si dérisoire ! J'ai senti des tiges de fer rouge chatouiller avec un cynisme incalculable toutes mes entrailles. Mais mon ventre torturé par la douleur me faisait moins mal que la vision du tableau que j'avais sous les yeux. J'ai senti une tenaille rouillée me compresser le coeur et la nuque. Une chape de plomb lâchée d'un avion s'est projetée sans retenue sur mes épaules. Je ne pouvais même plus voir, tant les larmes me brouillaient la vue. J'ai commencé à mourir à ce moment-là.

 

Il faut chanter sur sa guitare
La pluie qui mouille les départs
Il faut chanter l'amour qui pleure
Avant de chanter celui qui meurt
 

Alors j'ai hurlé "Ne pars pas, reste, je t'aime".... Je criais comme un fou, mêlant mes pleurs à la pluie qui tombait. J'aurais voulu frapper à la porte du Bon Dieu, de Vishnou, d'Allah et des autres pour leur demander, leur supplier à genoux de retourner dans le temps. Juste dix minutes. Ça pouvait être possible, dix petites minutes. Mais les Dieux, dans ces moments-là, sont bien loin. Mes larmes, mes cris, ma blessure, tout s'est révélé impuissant face à la tragédie. Et inutile : dans une secousse, Elle est partie rejoindre les Anges. Elle est partie en me serrant fort la main. Une main qu'Elle n'était toujours pas décidée à lâcher...

 

Le dernier baiser,
C'est la barque qui chavire

En plein coeur de juillet,
Sur un étang calme et plat

Comme nos destinées,
C'est la fleur qui tombe morte

Avant d'être fanée...
Mes lèvres baisent, et rebaisent encore,

Tes lettres parfumées...
Comme des petits bouts de ton corps,

Que j'ai tellement aimé...
Des pleurs immobiles,

Roulent inutiles,
De mes yeux,
A mes lèvres...

   

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Des gens m'ont saisi par les épaules car les secours arrivaient. Trop tard. Un pompier m'a demandé de m'écarter pour l'examiner. Deux hommes m'ont conduit à l'abri de la pluie qui tombait à seaux dans la nuit noire. J'ai regardé, hagard, blanc comme un linge, la tête de ces deux hommes. La tête des gens qui passaient. La tête de ceux qui me dévisageaient en s'expliquant mutuellement que je venais sûrement de perdre quelqu'un de proche. Alors, pourquoi continuer ?

  

Claudia, ne m'abandonne pas...
Même fou, c'est à toi qu'il pense
Ce coeur, qui ne m'appartient pas...
Claudia, quand les vagues s'avancent,
Claudia, ne m'abandonne pas...
Claudia, quand les vagues s'avancent,
Claudia !!
Ne m'abandonne pas... Claudia... Claudia... Claudia !!

  

C'est quoi, la vie, sans Elle ?

Profitant d'un instant d'inattention de mes gardes du corps improvisés, je me suis enfui à toutes jambes de cet endroit. J'ai couru le long d'un grand boulevard pour gagner une station de métro. Je suis repassé devant le restaurant où j'étais peu de temps avant. Puis la gare de Lyon, puis le métro. En descendant, je savais quel geste suprême je devais accomplir pour la rejoindre. Alors, courir. Ne pas s'arrêter. Sauter par-dessus les barrières de la RATP et plonger sous la première rame venue. Juste à ma gauche, j'ai vu un quai. J'ai entendu un train arriver...

   

Je t’aime, mieux que ça, je t’aime
Si la pluie manque à mes fontaines
Quitte à mourir en le chantant
Je l’écrirai avec mon sang.
Que je t’aime...

Je t'aime.... Je t'aime !...

   

Juste à ma gauche, j'ai vu un quai. J'ai entendu un train arriver. Avant de m'élancer, j'ai ouvert ma main, que j'ai sentie très fort. Cette main qui l'avait accompagnée, il y a quelques minutes de cela seulement, d'un monde à l'autre. Ma paume, qu'Elle avait tant serrée, elle sentait encore son odeur. Son parfum. Celui qui allait à mon tour m'accompagner.

Alors... un dernier saut.

...

Un saut de l'ange, pour un saut de la mort. Un saut de l'Amour pour le coeur d'un Ange.

  

Nessun dorma!... Nessun dorma!...
Tu pure, o Principessa,
Nella tua fredda stanza
Guardi le stelle che tremano
D'amore e di speranza!
Ma il mio mistero
E chiuso in me,
Il nome mio nessun saprà!
No, no, sulla tua bocca lo dirò,
Quando la luce splenderà!
Ed il mio bacio scoglierà
Il silenzio che ti fa mia

Dilegua, o notte! tramontate, stelle!
Tramontate, stelle! All'alba vincerò!
Vincerò! Vincerò!
[*]


 

FIN

  

[*] : Giacomo Puccini - Turandot

 

Relire l'intégralité de la fresque "MA BELLE DE GRANVILLE"

lundi, mai 28, 2007

Dernier éveil

Je viens de me réveiller comme d’un grand somme. Je suis allongé, mais sans savoir où je suis. Pour tout dire, je me souviens à peine de mon nom… Impossible de reconnaître la pièce dans laquelle je me trouve. Ni la ville. Ni même l'époque.
Je ne suis rien. Rien, au milieu de nulle part.
La seule chose dont je sois sûr, c’est que je suis plein de courbatures, que j'ai mal partout, et que le sol est dur. Dur comme du vieux bois ou de la pierre froide.
 
Ce n’est que quelques minutes après que j’ai commencé à entendre la musique. Une musique festive, légère et gaie, à laquelle ont succédé des rafales de rires d’hommes et de femmes.

J'ai du mal à voir. Mes yeux s'éveillent à leur tour. Peu à peu. Pour l'instant, je ne vois qu'un brouillard à travers lequel je distingue des mouvements furtifs et indéfinissables.
Je ne sais pas comment j’ai fait pour en arriver là. Impossible de me souvenir de quoi que ce soit. Comme si je ressortais d’un coma profond, lourd de plusieurs siècles. Mais enfin d’où viennent toutes ces courbatures ? En plus, il y a des parties de mon corps que j’ai du mal à sentir… Et même à voir, car, tout allongé que je suis, je ne peux même pas relever suffisamment la tête pour voir ne serait-ce que mes mains ou mes pieds…
 
Et j'ai commencé à ressentir des coups de poignard portés sur mon corps. Et de plus en plus fort. Sur mon buste, sur mon visage, sur mon être tout entier. Des coups piquants, incessants et épars, de plus en plus présents. Comme des coups de tournevis qui pénétreraient dans ma chair. Mes sensations s’éveillant, j'ai de plus en plus mal ; et je ne sais pas d’où cela vient.

Puis la musique s’est faite plus nette. Les rires aussi. Des silhouettes sont peu à peu apparues juste au-dessus de moi. Il y a beaucoup de mouvements. Les gens bougent au son d’une musique dont je ne reconnais pas le style, mais qui plaît à mes hôtes…. Je repère tous ces pieds d’hommes qui semblent voler à quelques centimètres au-dessus de mon visage et au-dessus de mon corps, en m'effleurant, sans me toucher. Je vois tout par le dessous : j’ai l’impression d’être transformé en une sorte de tapis, un tapis au-dessus duquel des gens dansent…

medium_11-vue-dessous2.2.jpgJe vois de plus en plus nettement les formes, au-dessus de moi : comme dans un nuage vaporeux, je vois par le dessous une pièce enfumée. Des hommes dansent en volant à fleur de moi. Je ressens aussi de plus en plus fort et douloureusement ces coups indéfinissables. Et de partout. Mais je ne sais toujours pas d'où ils proviennent.

Dieu que j’ai mal…

Je ne comprends rien… Je suis abasourdi. Douloureusement abasourdi.

Mais je n'ai pas mis beaucoup de temps à comprendre à quoi étaient dus ces coups de poignard qui me blessaient : Autant les semelles de tous les hommes qui valsaient ne me touchaient pas, autant l’unique femme, elle, me piétinait réellement, avec des chaussures à talons aiguisés. Et à chaque pas qu’elle faisait, c’était ma peau qu’elle meurtrissait. Ses talons fins provoquaient des chocs sanguinolents sur ma peau à chaque mouvement. Et comme la femme dansait de façon effrénée, à chaque fois ses talons, en se reposant sur moi, rayaient ma peau, la pinçaient, la bleuissaient, la trouaient : Je suis, pour elle, une carpette, comme une peau d’ours dans une chambre bourgeoise, pour laquelle on ne porte plus aucun intérêt. Et que l'on peut piétiner allègrement.

Pourquoi ce châtiment ? Pourquoi cette torture ?

La danse s’est emballée. Elle est devenue maintenant une valse folle autour d’une femme et de plusieurs hommes. Et des hommes, il y en a de plus en plus. Cinq, puis dix. Puis quinze. Ils se pressent juste au-dessus de moi et se rapprochent d’elle. Et elle, elle se rapproche d’eux. Elle a l’air d’aimer ça puisque dans ma tête résonnent des éclats de rire qui cognent comme ces gongs que l’on entend autour des rings de boxe, dans la fumée des cigares virils et de la sueur fétide.

Et maintenant, je vois qu’elle soulève sa légère tenue de soie, montrant à qui le veut son sexe nu, et ses fesses que je vois par dessous…

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Et les hommes la touchent. Et les hommes la caressent. Et moi, simple carpette immobile, je regarde ce tableau par dessous, ressentant de plus en plus fort les coups de ses talons féminins sur mon corps ensanglanté. J’ai mal. Il faut que çà s’arrête, mais je ne peux presque pas bouger… Je n’ai même pas la force d’ouvrir la bouche pour la supplier d’arrêter… Dans un effort surhumain pour relever ma tête, j’ai pu constater que je ne portais qu’un simple pagne ridicule qui ne couvrait que mon intimité. Un tissu dérisoire. Rien d'autre. J’ai les jambes nues, droites et tendues ; je ne peux pas les bouger, et çà, je ne sais pas pourquoi… J’ai les bras tendus, perpendiculaires à mon buste… Et j’ai mal... De plus en plus. Quand je regarde vers le ciel, je vois cette femme se frotter avec tous ces hommes. Je vois des doigts d’homme pénétrer dans son sexe sous son déshabillé de soie.

Chacun son tour. A tour de rôle. En plus d'être une carpette que l'on se plaît à torturer, je suis devenu une piste de danse... et de débauche.

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Et plus le tableau devient sexuel, plus elle me piétine fort. Je suis maculé d'innombrables blessures desquelles jaillissent des flots de sang.

Plus çà va, plus çà rit, plus çà chante, et plus mes blessures sont larges et profondes. Et plus j’ai mal. Et plus les hommes se défoulent devant elle. Elle se laisse caresser par tous dans une jouissance qui la fait chanter et hurler de joie. Ses éclats de voix résonnent dans ma tête. Les hommes passent, entrent et sortent dans cette pièce. Il y a des hommes virils, des androgynes. Peu importe : ils ont toujours une place contre elle, sur elle,… dans elle.

Certains d’entre eux se mettent à lui lécher les seins ; d’autres commencent à se masturber en la regardant, dans un délire d’humiliation que tous m’infligent, et qu’il m’est difficile de retranscrire avec des mots.

Mes mains me font mal. Elles semblent, à leur tour, se réveiller ; et je ressens à cet endroit comme un feu brûlant me dévorer. Pourquoi cette douleur est-elle constante à ces endroits précis, même quand la femme n’y jette pas ses chaussures aux semelles si pointues ?… Il m’a fallu un grand effort pour tenter de regarder dans leurs directions. Et c’est là que j’ai vu qu’elles étaient ensanglantées. Toutes les deux.

Et là, j’ai compris : Je suis le Christ.

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Femme adieu, femme adieu
Je t'aimais, désormais
Je te dis adieu

Femme, adieu
Saches-que, désormais
J'appartiens à Dieu

  

Je suis le Christ, non pas dans sa foi, ni dans sa bonté, ni dans sa croyance. Mais je suis le Christ, dans sa souffrance, crucifié et mourant, cloué sur une croix de bois, dure et froide, devant un monde qui continue à vivre et à danser.

Je suis le Christ humilié.

A cet instant de prise de conscience, la musique s’est soudainement arrêtée. Brutalement. Sans prévenir.

  

Du silence sur du silence
Et de la musique sacrée
Des plains-chants dont la résonance
Aura l'écho de mon secret

  

Tous les hommes se sont figés instantanément, comme paralysés en l’air, en lévitation à quelques centimètres au-dessus de moi.
Et la femme, comme dans un film au ralenti, s’est baissée vers moi, c’est à dire vers le tapis, vers la carpette sur laquelle elle a dansé pendant des heures. Elle s’est accroupie, ses talons comme des épées sur mon ventre déjà rouge de plaies, l'abîmant encore davantage par son poids immobile ; mon ventre est à deux doigts de se perforer sous ses aiguilles.

Et j’ai reconnu ce visage. C’était celui de celle que j’avais tant aimée, un soir d’été sur une plage de Granville. Ce visage qui m’avait tant manqué et qui, aujourd’hui, me faisait tant souffrir…
Le visage de l’Amour. Celui de la vie et de l’espoir.
Le seul. L’unique.
Mais ce visage était le sien sans être celui dont le portrait tapissait l'intégralité de mon coeur : à la place du regard doux et chaud, brillaient des yeux banals, verts et durs. A la place du sourire d’ange, un air convenu, sans cœur. Froid et sévère. Un sourire glacial.
Non, ce n’est pas elle, c’est impossible… Et pourtant…
J’avais l’impression d’être acculé comme un taureau dans une arène. Comme un animal blessé, humilié.

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Esméralda, j’ai le sang qui bouge
Quand tu agites devant moi ton jupon rouge,
Quand tu danses ta danse de mort,
Mi amore, mi amore, mi amore, mi amore…

Tu as mis dans mon corps tes banderilles
Et dans mon cœur tous les couteaux de ta folie.
J’ai mis dans tes yeux des reflets d’or,
Mi amore, mi amore, mi amore, mi amore…

L’été de ma passion est torride,
Chaque baiser me creuse une nouvelle ride :
Tu rêves à de jeunes matadors,
Mi amore, mi amore, mi amore, mi amore…

  

Alors, toujours comme dans un film au ralenti, elle a glissé sa main sous mon pagne, à la recherche d'un sexe qui, à cet instant de douleur et de panique, était quasiment inexistant. Ne trouvant qu’un petit bout de chair insignifiant, elle s’est lâchée d’un immense éclat de rire qui montrait toute sa jouissance face à mon humiliation poussée à son paroxysme.

Puis elle a sorti sa langue et s’est léché avec une scandaleuse sensualité le pourtour de sa bouche.

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D’un air sévère, elle s’est redressée, posant un de ses talons sur mon sternum, au niveau exact de mon cœur. Serrant les dents, monopolisant toutes ses forces pour une mise à mort qui la ferait jouir, elle m’a fait comprendre d’un sourire que la comédie était terminée.
Comme un cloporte, comme une fourmi, comme un insecte nuisible, elle allait m’éliminer. Me supprimer comme une blatte. Et quand elle aura dégusté son geste, surexcitée par celui-ci, elle pourra se redresser et reprendre enfin sa danse, avec tous ces hommes laissés quelques minutes en jachère de sexe.

Nous nous sommes regardés. Ma bouche a commencé à s’ouvrir. Avant qu’elle n’appuie de tout son poids sur son talon, j’ai voulu lui dire une dernière chose. Une toute dernière.
Mes lèvres ont commencé à murmurer : « Je t’aim... », mais l’a-t-elle entendu ? En tout cas, elle ne m’a pas laissé finir. Et là, c’est moi qui n’ai plus rien entendu, à part mon cœur qui, dans un dernier râle, dans un dernier sursaut de lumière, s’est mis à battre un ultime instant comme un fou, à l’image de l’écho lourd et profond du glas des églises.

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Et puis…
Et puis… plus rien...

 

 



 

À chaque son de cloche, une feuille s'envole,
Un arbre tend ses bras tordus vers le ciel,
À chaque son de cloche on a mal dans les nerfs,
On dirait que l'on cloue un cercueil de bois vert,
On dirait qu' le bon Dieu s'amuse
À chaque son de cloche
Que le bon Dieu s'amuse avec l'enfer…

À chaque son de cloche, on entend sourdement
La neige se former au-dessus des étangs,
Les marées d'équinoxe exalter l'océan
Comme si les noyés étaient encore vivants,
Les insectes se meurent et les oiseaux s'en vont,
Les trompettes se taisent, arrivent les violons....

À chaque son de cloche, on voit des processions
De communiants tout noirs qui descendent du ciel
Avec des ostensoirs en guise de flambeaux
Et des visages blancs, comme s'ils étaient nés
D'une mère mourante et d'un père Pierrot.....

À chaque son de cloche, on entend des soldats marcher
Au pas des cloches, pieds nus sur le verglas,
Rêvant de café chaud à l'abri des combats,
À chaque son de cloche, un vieillard sent son cœur
Battre au rythme des cloches et peu à peu le son des cloches
S'effiloche et s'étire en rumeur
Et les arbres tout nus comme des déportés
Le matin à l'appel supplient en vain le ciel,

Et nos yeux se dessillent à la vue des statues,
Le cloches se sont tues
Mais mollement dans l'air leur souvenir balance,
Leur souvenir balance
Dessinant sur la terre un ombre de pendu,
Un ombre de silence......

samedi, mai 12, 2007

Nocturne

Une envie subite de te parler, de laisser mon coeur écrire...
Cette nuit, j'ai envie de te voir, de me blottir dans tes bras,
De venir boire cette eau verte aux parfums de tes yeux,
Celle qui se refroidit aux soirs frais de Granville.

Cette nuit, j'envie le mouton, celui qui attend dans le pré
Et qui sera tondu au prochain printemps...
Celui dont la laine, une fois tissée,
Epousera la peau de tes seins d'une douceur tiède.

En regardant les étoiles illuminer la nuit sombre,
J'envie ce gros morceau de bois ;
Cette bûche qui brûle dans ta cheminée,
Qui est là, tout près de toi, rien que pour te réchauffer.

J'ai envie de rentrer dans ton jardin,
Et puis t'attendre ;
Me glisser sous les graviers de ton allée,
Me cacher derrière les arbres de ta maison.

Moi je veux revenir respirer ta Normandie,
M'ensabler sous ta terre, m'enterrer dans ton sable,
Plonger dans la mer comme tu nages dans mes rêves
Et venir lécher tous les galets de tes plages.

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 l'instant de tous mes rêves, toujours tout contre moi,
Tu es assise sur le rocher, celui qui regarde Chausey ;
Et là, moi je t'enlace, la main sur ton épaule,
Caressant ton dos nu à l'aplomb des étoiles.

Cette nuit, je ferme les yeux et je me vois déjà
Me couler entre les briques de tes églises,
D'où je ressusciterai, un jour prochain,
Quand, rayonnant, j'entrerai dans le temple à tes cotés.

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Ce jour-là, pâles devant ton sourire dessiné sur les nuages,
Les milliers de Te Deum masqueront à peine
Les battements de mon coeur et mes lèvres,
Qui, ensemble, te murmureront le plus doux des "je t'aime".

  

Comme à un rocher
Comme à un péché
Je suis accroché à toi
Je suis fatigué
Je suis épuisé
De faire semblant d'être heureux
Quand ils sont là.
Je bois toutes les nuits
Mais tous les whiskys
Pour moi ont le même goût
Et tous les bateaux
Portent ton drapeau
Je ne sais plus où aller
Tu es partout.

Je suis malade, complètement malade
Je verse mon sang dans ton corps
Et je suis comme un oiseau mort quand toi tu dors
Je suis malade, parfaitement malade
Tu m'as privé de tous mes chants
Tu m'as vidé de tous mes mots
Pourtant moi, j'avais du talent avant ta peau.

Cet amour me tue
Si ça continue
Je crèverai seul avec moi
Près de ma radio
Comme un gosse idiot
Ecoutant ma propre voix
Qui chantera

Je suis malade, complètement malade
Comme quand ma mère sortait le soir
Et qu'elle me laissait seul avec mon désespoir
Je suis malade, c'est ça, je suis malade
Tu m'as privé de tous mes chants
Tu m'as vidé de tous mes mots
Et j'ai le coeur complètement malade
Cerné de barricades
T'entends
Je suis malade

jeudi, avril 12, 2007

Acte 1, scène 10

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone… 

Quand je relis ces lignes de Baudelaire
Que par hardiesse je reconnais avoir volées
Je ne me sens pas prêt à ajuster mes pieds,
Ni mes vers, et préfère, en prose, me lâcher.

   

Ma douce… Mon coeur, mon ange adoré, aujourd’hui, loin de toi, que suis-je ? Où je vis ? Comment respirer, si ce n’est à travers le parfum de ton souvenir ? Depuis ton absence, je n’ai fait que te suivre. Que marcher dans ton sillage… Pas envie d’autre chose. Pas envie d’aller ailleurs. Te suivre, n’importe où, sans calculer les embûches, les difficultés, les déceptions, les absences. Sans fierté. Sans orgueil.

Mais si seulement tu savais où je vis ! Tu veux que je te décrive mon environnement ? Les buildings du Nouveau Monde sont bien loin, tu sais… Là où je suis, il y a du sable partout.

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Des dunes, des vallons, le soleil… et rien que du sable. Je ne sais pas quel est le nom de mon désert, mais je suis en plein milieu. Il fait chaud. Insupportablement chaud. Et chaque pas est pénible, encore plus que le précédent. Mes pieds s’enfoncent à chaque fois un peu plus dans le sol meuble, et les retirer pour avancer devient de plus en plus difficile. Et toi, tu es à quelques mètres de moi. Là, juste devant, à portée de voix... Et tu avances aussi, en me tournant le dos. Je ne te quitte pas des yeux une seule seconde…  

Pourtant, il n'y a pas si longtemps, tu marchais avec moi. Nous riions ensemble, comme des gamins. Ta main était dans la mienne. Ta main tiède, douce. Douce… Le paysage était fleuri, agréable. Des gens dansaient et chantaient.

Et toi, tu m'aimais...

Mais peu à peu, avec le temps, le paysage est devenu plus agressif. D’abord la population s’est faite plus rare. Puis ce sont les arbres qui ont disparu. Un changement presque imperceptible à petit échelle, mais dont je me rends compte aujourd’hui, et dont je mesure maintenant les dégâts.

Et aujourd’hui, dans cet univers monotone, dans cette canicule, tu ne me regardes même plus. Tu avances. Seule. J’ai bien essayé de te rattraper, mais rien n’y fait : le fait que j’accélère ne fait que précipiter ton pas à toi aussi. Et quand je m’arrête, toi, tu continues. Ainsi les centimètres entre nous se sont creusés, les uns après les autres. Peu à peu. Petit à petit.

Inéluctablement.

Maintenant, tu es à des dizaines de mètres de moi. Et tu ne te retournes même plus.

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Tu avances. Je te suis.

J’ai bien essayé de t’appeler, mais plus je t’appelle, et plus ton pas semble s’emballer et l’écart se creuser encore davantage. Ce qui est incroyable, c’est que tu ne sembles pas souffrir en marchant. Tes petits pieds nus caressent le sol avec légèreté, sans s’enfoncer. Tu n’as pas l’air de peiner, alors que moi, je m’enfonce à chaque fois encore un peu plus. A chaque pas que je fais maintenant, j’ai du sable jusqu’aux genoux. Je ne sais même pas comment je trouve la force de mettre un pied devant l’autre et avancer ainsi.

Autour de toi, le paysage est évidemment différent. Je ne peux pas le voir, mais je sais qu'il est agréable, harmonieux, vert, charmant, gai et fou.

Le désert, c’est juste pour moi. Il me chauffe de son aura de feu comme une poursuite de lumière éclairerait une vedette de music-hall : c'est mon micro-climat à moi.
Parce que, sans doute que moi, je ne mérite pas mieux...

Comme dans un cauchemar, j’hurle encore et toujours ton prénom. Tu ne m’entends pas, ou plutôt tu fais celle qui ne m’entend pas… mais je t’appelle tout le temps, tu sais…. Le matin, le soir… la nuit. Surtout la nuit, d’ailleurs ! Les minutes passent, les heures tournent. Et les années, et les siècles...

Peu importe le temps : tu éclaireras toujours ma vie…  

Pourtant tu m’as jeté, mais je m’en fiche : je continue ma route derrière toi. Dans le désert. Dans mon désert, celui de ma solitude. Celui de ton absence. Ma peau me brûle de plus en plus. On dirait qu’elle se consume, comme des morceaux de charbon abandonnés et qui rendent leurs dernières lumières.

Mes seuls compagnons sont les crotales qui me frôlent parfois, me regardant sournoisement du coin de l’œil. Et les scorpions, que je n’ai même plus la force d’écraser. Et les vautours, qui commencent au-dessus de ma tête leur ronde macabre. Parfois, j'entends même des grondements profonds qui me font penser à la présence de vers géants, ces monstres des sables qui gobent tout sur leur passage... M'ont-ils déjà ciblé comme l'une de leur prochaine victime ?

Je pourrais bifurquer, car j’aperçois au loin de temps à autres quelques oasis fleuris de palmiers, avec leurs hôtesses qui m’appellent pour me proposer leurs orangeades glacées, des biscuits fruités, un siège confortable. Mais je ne veux pas de leur sagesse.

medium_desert4r.jpgMoi je veux te suivre, malgré le risque que je prends.  

En fait, je voudrais bien, mais... mais maintenant, ... maintenant... je suis fatigué, je suis épuisé... Là, je ne tiens plus debout. C'est trop ; alors ivre de fatigue, vidé de toute force, je m’arrête. Je ne peux plus lutter, je n’ai plus de muscles. Tétanisé d’épuisement, impuissant, je te laisse partir. Mais en ce qui me concerne, ma décision est prise : je me laisse m’enfoncer, sans céder aux tentations faciles.

Les larmes qui jaillissent de mes yeux rougis par la fournaise s’évaporent avant même d’avoir touché le sol : voilà, c’est çà, mon avenir : partir en fumée. Ne plus exister.

Inexorablement, le sable du désert poursuit sa ténébreuse remontée. Il recouvre déjà mes jambes nues, et entame sa course le long de mes cuisses. A petit feu, il grimpe. Sournoisement. Cyniquement. Mon torse est  brûlé, sa peau rouge à vif… Ma sève s’est évaporée : je suis déjà séché jusqu’aux os. En me laissant couler, je regarde alentour. Je te distingue très vaguement au loin, malgré la chaleur et la fatigue. Il me semble voir une silhouette à tes cotés, tout contre toi... Qui c'est ? Qui t'accompagne ? Je ne comprends plus rien. Alors dans un dernier râle, j’hurle ton nom, avec le peu de forces qui me reste.

Tu poursuis ta route, sans même te retourner...

medium_Oasis4.2.jpgEt c’est à ce moment-là que j'ai vu se rapprocher une charmante hôtesse. Je ne la connais pas. Elle est jeune, elle est belle. Elle est venue me chercher. Me proposer un rafraîchissement. Elle me supplie même, d’un air convenu, de venir visiter son oasis climatisé, et me promet que je pourrai m’asseoir dans une baignoire remplie d’une eau tiède et aérée ; elle se propose même de me laver le dos avec des onguents et des baumes hydratés. C'est vrai qu'elle a un joli décolleté ouvert sur la vie. Elle a les mains douces, mais ce ne sont pas les tiennes. Je sens son odeur, son parfum frais... mais je n’en veux pas. Il n’est pas épicé. Il est terne. Non. Je ne veux pas de çà.
Qu’elle aille se faire voir !... Alors, comprenant ma détermination, elle s'est évaporée instantanément...

Mon corps me fait mal. Dieu ! c’est insupportable. Plus il s’enfonce dans la mouvance de ce sable, puis j’ai mal. Il est à la fois brûlant, comme de la lave en fusion, et blessant, à cause des arêtes saillantes des cristaux qui me déchirent. Qui me déchirent comme des milliers de petits diamants. Des diamants... comme ceux que j'aurais tant aimé t'offrir pour orner ton buste parfumé et tes mains fines... Ces diamants, te les offrirai-je jamais un jour ?...

C’est drôle, mais la terre semble plus fraîche au-delà d’une certaine profondeur. Comme si le feu du soleil n’atteignait que la couche superficielle du sable. Ainsi, mes pieds ont touché une zone agréablement tempérée. C’est bon.

On dirait la terre de Granville, douce et accueillante.

Granville... Granville... Où es-tu, ville d'amour ?

Je nous revois, dans un hôtel de là-bas, un après-midi d’octobre, dans cette chambre que j’avais louée… Je revois la porte refermée, ton visage d’adolescente, calme et inquiète en même temps… Je te revois t’asseoir sur ce grand lit, et moi délaçant tes Doc’Martins, tes shoes violettes d’ado, ces shoes montantes à grosses coutures…

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Seigneur que j’aime à revivre ce moment où j’ai eu l’honneur d’avoir été « le premier »… !!

Cette première fois pour toi, une première fois où tu as accepté qu’un homme aille enfin jusqu’au bout de ses sentiments. Vierge de tout plaisir du corps, tu avais peur d’avoir mal, mais moi je ne te voulais que du bien… Cette première communion d’une fleur et d’un mâle… Toi au-dessous de moi, moi dans toi, caressant tes seins qui tanguaient, volumineux et fermes, au rythme de nos pulsions…. De notre amour. Tes yeux révulsés, ta bouche entrouverte, tu découvrais l’amour, faisant sauter toutes les barrières et me laissant aller et venir simplement. Et quand tu as pris ton pied... Dieu que c'était beau !... Quel peintre aurait assez de talent pour restituer cet instant de grâce dans lequel baignait ton visage à cet instant, et tel qu'il sera gravé à jamais dans mon coeur...

Instant du plaisir échangé. Instant d'amour. De tendresse.

De passion.

Et si tu savais, depuis tout ce temps, combien de fois par seconde je revis ce moment, tu en serais prise de vertige…

  

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

    

medium_desert2.jpgMais Granville est si loin, en ce moment... Ici le sable continue à m’envahir à toute vitesse. Il devient fou. Comme un cheval sauvage, il avance,  galope déjà sur mon buste. Je vais être enterré vivant, bientôt. C’est imminent. C’est une question de minutes. De secondes peut-être…

Les crotales, les scorpions se rapprochent. Les vautours se font de plus en plus nombreux.

En sombrant, je me prends pour un grand paquebot soudainement fracassé par un iceberg, et qui, glacé par l’eau, perdrait connaissance.
Un bateau fou qui se livre.
Un bateau ivre qui devient fou….

  

Dressé sur l'eau, comme un flambeau
Dans la nuit noire, j’étincelle
Et tout ganté d’éternité
Je descends seul, vers l’essentiel 

  
Je sombre. Fatalement, je sombre. Sans perche ni bouée de secours. Je laisse ces cristaux de feu me ceindre.
Me blesser.
Me mordre comme des chiens avides de sang.

J’ai du sable jusqu’au menton. Ne plus lutter. Arrêter le simulacre…. Continuer à descendre sans bouger. Calmement. Doucement. Sans rien faire si ce n'est penser à toi...

Maintenant, seule une main dépasse encore ; elle montre le Ciel à la recherche d’une Etoile qui porterait ton nom. Une Etoile dont la couleur serait le reflet des vagues de la Manche. Une Etoile nue qui ne se vêtirait que du seul parfum de l’ambre. Le parfum des épices. Celui des doux élixirs fabriqués pour les Anges.

Seuls les bouts de mes doigts regardent encore la lumière ; des doigts mourants, des doigts crispés, électrifiés de douleur. Une peau vieille et fripée avant l’heure, déjà exsangue. Des doigts séchés de n’être pas sur toi.

J’étouffe. Cà y est : je suis gommé du monde. Toute trace de ma sépulture va instantanément disparaître. Ce ne sera même pas la peine de la recouvrir d’un couvercle d’égout, comme ceux fabriqués dans les lourdes fonderies de Flers…
Plus de traces.
Plus rien.
Rien…  

Mais malgré tout ce qui m’arrive, même au milieu de mes ténèbres, même suffocant, agonisant, tu es encore tellement là, avec moi, que je sais que je pourrai toujours te respirer. Et goûter ton odeur, sentir ta peau. Penser à toi. Et, dans cet enfer, avec le peu de tonus qui me reste, mais avec toute la force de mon âme, je veux continuer à vivre.
Vivre, pour continuer à t’attendre.
Vivre, … et continuer à t’aimer.

   

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C'est la vie lilas
Faite de toutes ces choses
C'est la vie lilas
Quand il me manque quelque chose
Dans cette vie-là
Où tu n'es pas là
Où je reste seul en piste

C'est ma vie lilas
Moitié bleue et moitié rose
C'est ma vie lilas
Quand il me manque quelque chose
Dans cette vie-là
Où tu n'es pas là
Et que pour être moins triste
Je retouche la peinture de l'artiste…    

     

Acte I, scène 10 : le rideau tombe.

Et c'est en admirant ces Fleurs du Mal s'embraser en chrysanthèmes que je laisse son auteur mettre la touche finale, pour le jour, à ce rêve d’une nuit… ce rêve d’une vie.

     

Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie
Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie,
Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.

  

   

Laurent

lundi, février 05, 2007

Le Jardin des Délices

Je tourne et je me retourne interminablement dans mon lit depuis des heures. Le réveil égrène ses chiffres rouges des minutes impitoyablement cycliques qui me rappellent que je ne dors toujours pas.

1h, 2h, 3h… impossible de trouver le sommeil. Et pour cause…

A coté de moi, dans mon grand lit, je distingue une silhouette masculine, à la lumière des rais de lune qui passent à travers les lattes des volets. Une forme humaine endormie qui ronfle de temps en temps. Une silhouette qui ne m’inspire rien de mauvais,… mais qui ne m’inspire pas l’amour.

Alors, serrant très fort mon oreiller comme pour essayer d’y retrouver son improbable présence, je me re-passe pour la millième fois dans ma tête le film de cette après-midi si folle et si délicieuse… Cette après-midi que j’ai passée avec mon amour… avec mon amant…

    

Je te partage, je te partage
Et tant pis si c'est fatal,
Ca fait du bien a l'animal…
Je te partage, je te partage
Tout m'est égal tout m'est égal :
J'en ai tellement, tellement marre
De dormir si mal.
 

  

Nous ne nous étions pas vus depuis des mois. Insoutenable fut le temps de l’absence et de l’éloignement : nous vivions à la limite du supplice…

Nous ne pouvions continuer, lui et moi, à nous satisfaire de ces coups de téléphone passés en cachette, de ces mots doux échangés, à travers les kilomètres : nous n’y tenions plus : il fallait que l’on se voit.

Et vite !

   

Je voudrais tant que tu sois là,
Pour réveiller mes fleurs éteintes,
Ton absence comme une plainte
Vient toujours me parler de toi ;
Je voudrais tant que tu sois là,
A l'heure où les nuages passent :
Tu élargirais mon espace
Rien qu'à te blottir contre moi.

       

Après ces longues semaines d’épreuve, notre rencontre est enfin arrivée. Enfin !

C’était il y a quelques heures, en début d’après-midi, dans une allée du Jardin des Plantes, en plein coeur de Paris. J’avais mis une petite robe d’été, courte et décolletée… Une tenue très féminine, comme il les aime tant...

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C’était il y a quelques heures, en début d’après-midi, dans une allée du Jardin des Plantes, en plein coeur de Paris : Dieu que cela a été fort ! J’ai vibré comme lors de notre tout premier coup de foudre ;  j’ai senti une flèche passionnée de rouge embrocher nos deux âmes au même instant.

Mon cœur s’est emballé à sa vue… Je n’ai pas pu le maîtriser… Et je n’ai pas voulu, surtout…

Puis nous nous sommes touchés.

Puis nous nous sommes enlacés doucement.

On était bien, dans les bras l’un de l’autre.

C’était bon…

Nous nous sommes embrassés, comme le font les amants, comme le font ceux qui s’aiment vraiment, en fermant les yeux pour mieux goûter l’instant. Pour mieux goûter ce délice, cocktail de douceur, d’amour et de passion…

Je l’ai serré de toutes mes forces dans mes bras tremblant d'émotion.

Je l’ai senti, mâle, m'enlacer, puis me rassurer, me conforter de son odeur d’homme, de sa douceur et de sa sensibilité. De sa voix calme. De son amour.

Nous nous sommes embrassés longuement.

Avec passion et gourmandise. Avec ferveur et chaleur. Avec une fougue humide.

Je revois nos bouches fondre l’une dans l’autre, tourner comme des folles en se frottant l'une l'autre, à la cadence de nos langues tièdes.

Nous nous sommes regardés, et nous avons souri.

On était bien.

Je ne sentais plus mon corps : je n’avais plus de poids. Les nuages flottaient à mes pieds et je ne sentais plus rien. J'étais heureuse, tout simplement.

Des enfants couraient. Mais à cet instant, rien ne comptait plus que lui et moi. Que nous deux.

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En nous serrant l’un contre l’autre, ma poitrine contre son buste, mon ventre contre le sien, j’ai bien perçu chez lui l’excitation que j’attendais. J’ai remarqué la cadence de ses reins, cadence qui se voulait discrète mais qui pour moi était très perceptible ; cette cadence qui m’avait tant manqué…

J’avais envie de lui.

   

Je m'en fous si ce n'est pas vraiment le grand amour,
Tu m'as ouvert un ciel ou nagent des oiseaux.
Quand tu cries je t'aime, comme on crie « au secours »
Je m'en fous pas mal du grand amour.

    

J’avais tellement envie de lui.

Manque de chance, je savais qu'aujourd'hui je ne pourrais pas aller jusqu'au bout de mon désir, car les hasards du calendrier n’étaient pas favorables en ce moment, et notre rencontre tombait bien mal de ce point de vue-là… mais tant pis : ses venues en France ne sont pas si fréquentes, alors il faut « faire avec »… Néanmoins, j’étais très excitée ; j’avais envie d’un voyage et je voulais le réussir : destination plaisir.

Nous avons sauté dans ma voiture que, par une chance inouïe, j’avais réussi à garer tout près de l’entrée du Jardin des Plantes.

medium_2217_b1.jpgNous avons longé Austerlitz, puis traversé la Seine en direction du grand parking souterrain de la gare de Lyon.

Durant les minutes qu’a duré le trajet, il n’a pas arrêté de me toucher, d’une façon ou d’une autre. Quand ma main maintenait le changement de vitesse, il mettait la sienne dessus, crochetant ses doigts dans les miens… ou alors il l’abandonnait sur ma robe, voire même sur ma cuisse qu’il a su dénuder avec tact et douceur, la révélant à vif pour mieux toucher ma peau fraîche et pâle.

Ma peau révélait des frissons de bien-être. Un doux courant électrique m’a envahie.

Il me caressait doucement et avec tendresse… et il a été difficile pour moi de rester concentrée sur ce qui se passait sur la route. A l’entrée du parking, nous avons d’ailleurs évité de justesse une collision avec une voiture qui roulait un peu trop vite et que mon esprit déjà envolé vers des contrées de sexe et de plaisir n’avait pas pris le temps d’intégrer comme élément à risque…

Enfin nous sommes descendus rapidement au plus bas du parking, à la recherche du coin le plus sombre.

medium_PL93_19.2.jpgAu dernier niveau, dans un recoin, le long du mur : une place de libre, coincée entre un gros pilier et une fourgonnette. Personne en vue : là, nous serons bien cachés !

Encore quelques secondes pour reculer la voiture au maximum... et lui, pendant cette manoeuvre, qui commençait déjà à se déshabiller !!

J’ai aimé sa hâte.

Il a enlevé son pantalon, ses chaussures qu'il portait pieds-nus ; il a déboutonné sa chemise.

Il a ôté son slip, avec un naturel qui m’a presque décontenancée, et avec une envie manifeste de me montrer qu’il avait envie de moi…

J’avais à peine coupé le contact que, déjà, il s'était assis sur la banquette arrière, dans cette simple tenue, avec sa chemise déboutonnée comme seul habit.

Il ne m’a pas fallu longtemps pour le rejoindre. Il faisait sombre. Nous nous sommes enlacés chaudement.

J’étais excitée comme une puce. Nous nous sommes embrassés goulûment. Mes lèvres étaient gonflées et je sentais mes seins durcir. Pour ne rien arranger à mon état, il s’est mis à me mordiller les lobes de mes oreilles. Supplice extrême… Il les a gobés l’un après l’autre, les suçant voluptueusement, comme il l’aurait fait avec des sucettes. Sa langue tournait autour de ces appendices rouges, chauds de désir et sucrés de passion. Ses dents les mordillaient doucement, avec sensualité…

Je ronronnais comme une petite chatte que l'on caresse là où elle aime...

Mon ventre criait famine : j’avais faim de plaisir…

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Il avait ses bras autour de mon cou, mais déjà je les sentais descendre vers mes épaules et sur ma gorge. Il a plaqué ses mains contre mes seins, et les a palpés avec excitation, à travers le fin tissu de ma robe.

N’y tenant plus, moi aussi j’ai laissé aller mes doigts sur son torse. J’ai écarté sa chemise, caressé et baisé son buste d’homme. Son buste poilu que j’ai léché avec érotisme. Puis ma main a continué sa course un peu plus bas, là où son désir m’appelait… J’ai enfin saisi son sexe nu et fier à pleine main. J’ai senti une secousse de bien-être, un vibrato de tout son corps qui voulait dire « enfin ! »… Lui aussi, il attendait cela depuis si longtemps...

Il a enfourné ses mains dans mon soutien-gorge pour saisir mes seins dénudés dans ses paumes tièdes...

Puis il m’a rappelé, avec un sourire complice, qu’en ce moment des caméras de surveillance filmaient peut-être nos caresses… Nous avons ri de ce propos qui a eu pour effet de m’exciter encore davantage.

   

Moi je voudrais des perles lourdes,
Des perles noires, des émaux,
Être muette et presque sourde,
Pour que tu me berces de mots ;
Des mots qui ressemblent à la mer,
Des mots où l'on voit à travers,
Des mots d'amertume et d'amour,
Des mots tendres et des mots lourds.
Moi je voudrais des chambres pleines
Où je m'étendrais toute nue,
Cerclée de chiennes et de chaînes,
Buvant des boissons inconnues…
Des boissons de vie et de mort,
Des coupes pleines à ras bord
Où poser mes lèvres mouillées,
Sur des sofas, agenouillée…

    

N’y tenant plus, je me suis décidée à poursuivre mon voyage en allant gober l’interdit, en me dirigeant vers ces zones douces et chaudes, comme celles qui existent dans les pays du Maghreb. Direction Casablanca. Direction le Jardin des Délices, là où le sable fouette les visages, là où les lèvres sont sèches du sirocco qui nous embaume d’une tiédeur agréable, là où trône une obélisque immense, fierté des alentours. Une obélisque dure et chaude que j’ai pu goûter jusqu’à m’en saouler, sans limites, sans tabous, sans retenue. Oui, ma bouche a élu domicile dans ce Jardin des Délices, mes lèvres et ma langue enlaçant cette statue pharaonique et fière, l'escaladant dans un sens, puis dans l'autre. Je baignais dans une moiteur excitante jusqu’à l’insoutenable.

medium_alencon.jpgJe me suis aperçue que tout ce temps sans le voir n’avait pas altéré le souvenir que j’avais de la turgescence de son membre, dont j’aurais pu dessiner de mémoire tous les contours avec précision. J’avais les yeux fermés et ma bouche gobait sans discontinuer sa virilité : son sexe doux, marqué par un relief discret, un peu comme s'il était enveloppé d’une fine dentelle ciselée à la main, comme celles que créent les célèbres ouvrières d’Alençon…

Mais cette longue absence m’a également montré combien il m’a manqué. Et combien je l’aime…

J’ai aimé goûter son sexe… J’aurais pu faire çà pendant des heures…

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Puis je me suis redressée, et nous nous sommes encore enlacés et embrassés.

Son excitation avait décuplé. Ses mains ont repris leur manège en direction de mes seins ; mais cette fois-ci, il les a nettement dénudés, les sortant complètement de leurs logements de dentelle, sans ménagements pour mon pauvre soutien-gorge, définitivement endommagé… ; il les a pris virilement, en a saisi leurs bouts durs et raidis. Les a pincés. Son visage s’est approché d’eux et il les a mordillés, titillés, léchés comme il l’aurait fait d’un dessert délicieux. Tenant fermement mes tétons, il m’a secoué les seins, les faisant tourner, les masturbant délicieusement.

J’avais envie d’hurler ; j’avais envie de sa puissance. Mon corps ne me répondait plus. Je ne maîtrisais plus rien. J’étais en lévitation dans une sphère de plaisir. Une bulle d’amour et de passion.

Je sentais son odeur mâle se propager dans la voiture. Nous bougions beaucoup, et je pensais que le véhicule devait tanguer par notre faute. Rien que d’imaginer que des gens circulant à cet étage du parking de cette gare pouvaient remarquer notre voiture en mouvement, j’étais encore plus excitée. Je m’imaginais faisant l’amour dans un train, la porte de la cabine à peine fermée… Bougeant au rythme des aiguillages, au rythme des courbes, du relief, des accélérations, des montées et des descentes.

    

Sur un rythme de train,
Un tempo d'autorail…
Je vois défiler des visages
Quand la pluie d'amour inonde ta peau ;
Il n'y a que nos corps qui voyagent,
Et nos cœurs marquent le tempo.
On s'allume on s'éteint
Sur le sommier qui braille ;
Je plafonne à cent-vingt
Accroché à ton rail…

  

C’est à ce moment qu’il m’a suggéré de m'allonger le plus possible sur la banquette arrière, en m’embrassant d’une fougue à la fois douce et exquisément surhumaine. Nos lèvres se sont mariées de nouveau ; accroupi, sa main est venue sur ma cuisse, puis sur le genou. Je l’ai sentie descendre sur ma jambe, puis sur mon pied qu’il a saisi pour le remonter, posant mon talon sur la banquette.

Puis il a ôté mes sandales.

    

Je veux te cueillir feuille à feuille,
Disperser d'abord tes sandales,
Au hasard, comme deux étoiles.
D'abord tes cils et tes cheveux,
Et puis ... enfin si tu le veux,
Baiser tes seins écarquillés
Et tes gestes éparpillés…

    

Avec un naturel guidé par l’amour qu’il me porte, il a fait courir sa main de haut en bas, puis de bas en haut sur ma peau, de mes orteils à mes fesses, sans discontinuer.

J’ai aimé sa main. J’ai aimé ses caresses. J’ai aimé qu’il s’occupe de moi ainsi…

Il me regardait fixement et tendrement. Nos regards échangeaient des éclairs de complicité et d'amour.

Puis sa main est remontée vers mon ventre, puis vers ma poitrine gonflée à bloc, qu'il s'est amusé à caresser avec une sensualité indescriptible.

Mais comment s'appelle cet instant d'ivresse qui fait que l'on ne sent plus son propre corps, si ce n'est à travers les mains qui le touchent ? Comment s'appelle ce moment où l'on est si bien que l'on croit voir de la lumière partout, où les yeux sont mi-clos, comme drogués d'amour, où l'on baigne dans une grâce telle que la respiration s'emballe et que les lèvres deviennent sèches à cause du flux d'air exigé par un corps devenu im-maîtrisable, et où ces lèvres ne retrouveront l'humidité qu'à travers la langue aimante d'un homme qui les lapera comme un chat du lait... Peu importe le nom de ce moment, l'essentiel est que je l'ai vécu...

Dieu que j’ai aimé sa peau. Il n’y a qu’elle qui sache vraiment me faire vibrer.

Vibrer. Décoller. J’avais envie de jouir…

Me redressant, j’ai ressaisi son sexe, et je l’ai invité à se laisser aller à son tour sur la banquette afin qu’il soit en position presque allongée. Il ne bougeait plus. Alors je l’ai masturbé avec passion et douceur. Quand il m’a fait comprendre qu’il voulait que j’aille « jusqu’au bout », j’ai acquiescé d’un sourire ; il s’est alors redressé, pour aller chercher un mouchoir en papier dans son cartable qu’il avait laissé au pied du fauteuil avant de la voiture. Pendant quelques secondes, j’ai pu ainsi voir ses fesses penchées en avant, et j’ai eu une irrésistible envie de les caresser. Ses fesses douces, viriles, agrémentées de duvet tendre que je n’ai pu me retenir de toucher… Je sais qu’il a aimé ce moment de caresses, puisqu’il a pris tout son temps avant de revenir près de moi.

Nous ne disions rien. Cela aurait été bien inutile.

Puis il est revenu derrière, et a souri. Il s’est rallongé près de moi, ne me laissant qu’un tout petit morceau de banquette arrière.

Alors j’ai repris l’avion pour la passion. J’ai quitté le Maroc pour l’Afrique Centrale, là où la chaleur est encore plus moite. Plus forte. Sans parachute, j’ai sauté en direction de cette terre tiède et désirable. J’ai atterri au cœur du continent, dans les contrées sauvages de Tanzanie, du Burundi ou du Rwanda ; j’étais entouré de singes grands et sombres.

medium_rw_singe2.jpg

Ils criaient dans tous les sens, sautant et gesticulant sans arrêts. J’étais sur la place d’un village, entourée par des autochtones qui chantaient pour louer leur Dieu. Il faisait chaud. Humide. J’avais les oreilles brûlantes, les lèvres rouges du travail accompli, le ventre chaud comme de la lave giclant du volcan. Je baignais dans une atmosphère poisseuse et suffocante. J'étais au paroxysme de l'excitation. Ca sentait la paille, la craie, les fruits exotiques, et le sexe de l’homme. La place du village était bondée de gens qui couraient autour du totem érectile sur lequel j’étais arrimée. Et moi j'entendais les tamtams de mon coeur résonner dans la brousse au rythme de mon plaisir grandissant. Je ne le lâchais pas, mon totem à moi, le serrant de toutes mes forces et de toute ma langue, au milieu des singes grands et sombres qui dansaient avec les nègres du villages.

medium_porteur_eau.jpgEt puis, derrière eux, sont arrivées leurs femmes, nues sous leurs pagnes : elles sont arrivées en portant chacune à bout de bras de gros sacs chargés de matériaux lourds. Il en venait de plus en plus, et ces femmes pliaient presque sous le poids de leurs deux bourses en peau, ces outres chaudes remplies d'eau, de pépites d'or ou bien de diamant. Et moi, dans la fièvre de mon délire causé par un bonheur si intense, je me prenais pour l'une de ces femmes, en prenant soin de ces sacs fragiles et alourdis, caressant ces poches de velours du bout des doigts, avec douceur et velouté.

J’avais chaud.

J’étais bien.

Si bien.

 

J’ai mal au ventre
Et les reins me font mal.
Mes seins ont éclaté
Comme des fruits
Trop mûrs

    

J’avais envie d'hurler « je t’aime » mais ma langue était bien trop occupée à se délecter du mets qui m’était offert.

Alors, juste avant que le totem ne devienne fontaine, j’ai retiré ma bouche, le laissant ainsi se libérer sans honte.

Au moment de son plaisir suprême, il a saisi mon bras, et l’a serré très fort.

Alors nous avons pris, ensemble, un plaisir communié : au moment de son plaisir, j’ai poussé un jappement de bien-être. Un moment de jouissance passionnée et démensément amoureuse.

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C’était cet après-midi.

Il n’y a que quelques heures, mais çà me semble si loin déjà… Loin comme lui, déjà reparti à des milliers de kilomètres d'ici... Et je ne suis pas rassasiée !

Et maintenant, en repensant à tous ces moments, dans mon lit, je ne me suis même pas rendue compte que j’avais ôté mon drap.

J’ai même surpris ma main se promener sur mon buste nu, une légère transpiration perlant entre mes seins. Si çà se trouve, j’ai dû passer des heures à danser dans mes draps de soie ! Mes doigts ont saisi mes tétons saillants ; j’ai envie de jouir.

Je l’aime.

    

Envie de me jeter cent fois par la fenêtre,
Par celle de tes yeux, par celle de ton corps,
Lire et relire encore cent fois la même lettre,
Te dire que je t’aime et te le redire encore.…
Que je t’aime, mieux que ça, je t’aime :
C’est mon cri, c’est mon anathème ;
Et je te l’aboierai longtemps
Jusqu’après le dernier volcan…

  

medium_lit_et_nue.jpg

    

Mais pourquoi ne l’a-t-il pas compris ? Qu’attend-il ? Pourquoi ne vient-il pas m’enlever comme le font tous les hommes des films d’Hollywood ? Je me sens si bien, avec lui. En sécurité. Entourée d’amour.

C’est en me reposant pour la millième fois la même question sans y trouver davantage de réponses que je me suis retournée vers le coté : mon regard s’est arrêté net devant les heures rouges-sang du réveil. Plus que 5 minutes avant qu’il ne sonne… Déjà... Drôle de nuit ! Pas une nuit blanche, mais au contraire, une nuit multicolore, à dominante rouge, la couleur de la passion. Rouge comme ces fleurs exotiques des îles lointaines dont les pétales s’écartent à leur maximum en laissant ainsi exploser un énorme pistil à disposition des oiseaux gourmands et des yeux voyeurs. 

   

Je t'aime à en crever,
Je t'aime à me lever, à me relever la nuit,
Pour te faire l'amour, l'amour...

    

medium_Exotique47.2.jpg

Mais j’ai aussi pris conscience que dans quelques instants, la même comédie du mensonge va reprendre. Dans quelques instants, la même scène de l’illusion, avec un « colocataire de lit » qui n’est pas celui avec lequel je veux être heureuse…

Alors, juste avant que le radio-réveil ne sonne, je me suis levée discrètement, tout doucement, sans faire de bruit, pour aller prendre ma douche. Celui qui a passé sa nuit à coté de moi est encore assoupi pour quelques instants. Je le regarde… Malgré sa gentillesse, je n’arriverai jamais à l’aimer... C’est pourquoi je vais m’enfoncer sous ma douche, prendre des dizaines de litres d’eau bien chaude sur mon visage et sur mon corps ; des dizaines de litres d’eau presque brûlante pour laver mes regrets, laver mes remords, laver ma honte…

 

Tu la couvres, c'est vrai, de bijoux, de fourrures,
Tu lui changes, c'est vrai, chaque année sa voiture ;
Tu es tombé dans sa vie comme le Père Noël,
Les doigts pleins de cadeaux et le cœur paternel ;
Une fois tous les mois tu l'emmènes au théâtre,
Droite et belle et fardée comme une femme en plâtre :
Tu organises tout, tu décides et tu tranches,
Et sa petite main vient mourir sur ta manche…
Moyennant quoi, toi, tu la penses heureuse,
Moyennant quoi, tu la penses amoureuse,
Ne vois-tu pas cette ombre au fond de son regard,
Est-ce l'ombre des cils ou un peu de brouillard….

  

J’avais à peine refermé la porte de la salle de bains que j’ai entendu le radio-réveil se mettre en marche. Je me suis dit qu’à cet instant, mon « voisin de nuit » devait se demander pourquoi je m’étais levée si tôt. Et j'imagine sa déception en ne me voyant pas nue au réveil, comme il aime tant m’admirer chaque matin. Mais non. Pas aujourd’hui ; çà aurait été bien au-delà de mes forces ! Je n’aurai qu’à lui dire que j’ai mal dormi, à cause de ce que j’ai mangé chez ma copine Emilie, chez qui je suis sensée avoir passé « très officiellement » l’après-midi. Ca ou autre chose, de toute façon, qu’importe !… je ne suis pas à un bobard près…

    

Une vie basses calories,
Une vie sans vie,
Sans pain, sans sel...

  

Mais c’est aussi à ce moment là que j’ai compris l’absurdité de ma détermination : cette douche pourra laver mon corps. Elle pourra effacer la transpiration douce et érotique qui perle sur ma peau. Elle pourra redonner un semblant de vie à quelqu’un qui, après tout, n’a pas fermé l’œil de la nuit.

Mais rien de plus. Rien ne peut ni ne pourra effacer ce qu’il y a dans mon cœur : aucune douche, aucun médicament, aucune fête... ni aucun autre homme.

Alors s’il te plaît, viens vite…

medium_main_tendue.jpg

Ne tarde pas : je t’attends.

Je suis remplie de toi, viens...

Je t'aime...



    

Nos bouches crèvent du même ennui
Quand l’absence éloigne nos cœurs ;
Je dors près d’elle, et toi près de lui
Et pourtant, nous dormons ensemble…

Malgré tous les gens qui nous séparent,
Les distances qu’ils mettent entre nous ;
Notre amour fleurira dans les gares,
Nos avions décolleront de partout

……
Malgré tout, nous vieillirons ensemble…

     

   

Dis,... tu m'entends ? 

  

* * * * * * * * *

  

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lundi, décembre 25, 2006

Mon plus beau Noël

Granville, le 24 décembre au soir,

  

    

Ma tendre sœur, 

    

J’ai ce soir une irrésistible envie de t’ouvrir mon cœur et me laisser aller sans honte ni retenue. J’imagine ta surprise devant tant d'excitation et de passion : tu dois te demander pourquoi je m’emballe ainsi… Et bien parce que je vis aujourd'hui mon plus beau Noël : il vient de m'arriver quelque chose de magique, de fantastique. D'iréel. En fait, je ne sais même pas par où commencer, tant que ce que je veux te dire est fort.

 

L'amitié, c'est quand on n'a pas d'fille
Et qu'on en veut aux amoureux
L'amitié, c'est quand on perd ses billes
Et comme il est trop grand le lit
On va dehors pour se le faire plus petit.

 

Mais commençons plutôt par le commencement :

Je suis arrivé il y a quelques jours pour affaires à Paris ; et tu sais (car à toi je dis tout) combien je suis amoureux de cette ville ! Surtout en cette période de Noël, à quelques heures seulement du grand jour ! La froidure, les passants emmitouflés dans leurs manteaux de laine, la fumée qui sort de la bouche des gens quand ils parlent, les marchands de marrons, les enfants tout excités à l'approche de l'heure des cadeaux… Cette atmosphère si particulière, si caractéristique de ces heures-là…
 

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Alors, avant de repartir pour mon chez-moi de cartons et d’illusion, j’ai voulu prolonger mon séjour : j'ai voulu me baigner pleinement dans ce parfum de fête. Je suis retourné dans le quartier que tu aimes tant, vers la grande Tour. Je m’y suis longuement promené, arpentant les rues, les boulevards, passant devant ces crêperies bretonnes prises d’assaut par des gourmands en quête d'un endroit pour se réchauffer.

Comme un automate, j’ai suivi au gré de mes pas, au gré du hasard, un boulevard, une rue, une avenue, ne faisant qu’obéir à mon intuition qui me suggérait de continuer sur la voie qu’elle avait choisie.

Pourquoi à gauche, pourquoi tout droit ?
Pourquoi ici ? Pourquoi par là ?
Pourquoi ici à ce moment-là ?

Je ne saurais l’expliquer. Mais une petit voix me demandait très distinctement de continuer dans une direction et non dans une autre.

Et c’est là que tout s’est passé… C’est là que c’est arrivé.

Ma sœur, à toi je peux te le dire comme je l’ai vécu : au coin d’une rue, soudain mon cœur s’est arrêté de battre.

medium_ange_Paris2.jpg

 

A l'angle d'un boulevard, je me suis retrouvé face à face avec un Ange. Il avait les ailes repliées mais je l’aurais reconnue entre mille… Celle dont je t’ai tellement parlé, celle dont la féminité rime avec la générosité, la beauté, la bonté,  l’élégance simple et naturelle…

La douceur...

Elle... 

Tout à coup…

Oui, tout à coup Elle était là, devant moi, à l’angle de cette rue.

Le hasard… ou le signe d’un destin qui se voulait subitement agréable, surprenant, incroyable… et surtout tellement inespéré...

Il m'a semblé qu'un nouveau jour commençait... A moins que cela ne soit dû qu'aux nuages qui, juste au-dessus de nos têtes, se sont dissipés subitement...
 

Paris s'éveille, il est cinq heures

 

Nous nous sommes immobilisés en même temps.
Immédiatement.
Nous nous sommes reconnus au même instant.
Immédiatement.
Un instant de surprise. Un instant d'intense joie. Un cadeau du hasard.


J’ai revu ses doux yeux verts, ses cheveux bruns et roux ; j’ai reconnu cette aura indescriptible qui l’enveloppe toujours aussi magnifiquement. Et qui n'a pas pris une seule ride...

Nous avons souri.

Il paraît que des gens marchaient, à droite et à gauche, se frayant un chemin entre les nombreux passants.

Il paraît…

Il paraît qu’il faisait froid… c’est peut-être vrai.

Mais ce ces détails je ne me souviens pas.

Elle s’est approchée de moi et je l’ai prise dans mes bras. Elle est venue s’y blottir doucement, et je l’ai serrée fort à travers son long manteau bleu marine. A ce moment-là, nous n’avions pas encore échangé un seul mot. Mais quel mot pourrait retranscrire l’émotion qui m’envahissait…

C’était simple. C’était bien. Et tellement fort.

J’ai retrouvé dans son cou, sur sa peau, ces parfums de bien-être, cette odeur qui est restée la sienne. Cette peau si tendre, si confortable, si rassurante.

Tu le sais, ma petite sœur : toutes ces années sans la voir m’ont conduit dans des tourments difficiles... si difficiles... Je ne t’en ai que trop parlé !

Et là, soudain, Elle était devant moi.

Là, tout simplement.

Je l’ai regardée. Elle était encore plus belle qu’avant… bien que je pensais que cela ne fût pas possible. Parce qu’à cet instant, contrairement aux autres sourires que je lui connaissais, elle avait là une beauté et une lumière de sérénité particulière et nouvelle à mes yeux. Et cette magnifiscence, ce n'est qu'un peu plus tard que j'en comprendrai la raison.

medium_fil-ariane.jpgNous avons enfin échangé quelques mots, tout émus que nous étions, Elle comme moi. Les premières paroles ont été pour nous dire la joie que nous avions à enfin nous revoir. Les mots sont venus d’eux-mêmes, comme si nous nous étions quittés la veille. J’ai été heureux de voir que cela n’ait pas changé, malgré l’érosion du temps. Que la machine ne soit pas rouillée, toujours huilée de notre affection qui, malgré l'éloignement, ne s'est jamais éteinte. Comme un fil d'Ariane aussi invisible que solide, et qui a su résister à ces longues années d'absence...

A ces trop longues années d'absence...

Je ne sais pas lequel des deux a dit cette phrase en premier, car je crois que nous l'avons prononcée ensemble : « Je suis content de te voir »… 

« Tu n’as pas changé ».

« Toi non plus ». Puis nous nous sommes serrés une nouvelle fois dans nos bras.

Chaleureusement.
Affectueusement.
Simplement.

Pendant qu’Elle me serrait, Elle m’a dit d’un souffle, la bouche presque plaquée à mon oreille : « Tu vas bien, toi ? ». Je sentais son souffle. Son odeur. J'avais envie que ce moment s'éternise encore... encore... Je n’ai pas répondu, lui demandant simplement : « Et toi ? »...

Alors nous avons parlé quelques minutes.

Une douce et agréable poignée de minutes.

 

Dès que je l’ai vue apparaître,
J’ai tout de suite su que c’était… Elle,
L’air qu’on respire à sa fenêtre,
C’est l’air le plus pur de Paris…

 

Elle n'avait pas beaucoup de temps devant Elle, contrainte par la préparation d'un réveillon familial. Mais durant les quelques minutes passées ensemble, sur ce bout de bitume, j’ai pu comprendre pourquoi Elle irradiait tellement son entourage, reléguant à l’état d’infiniment ridicules toutes les beautés des magazines de mode ou les starlettes exhibitionnistes du moment : Elle m’a révélé qu’Elle avait rencontré quelqu’un.

Un homme avec qui Elle s’entendait à merveille.

Elle, avec un homme…
Elle, avec un homme…
Elle, avec un homme…

Oui, petite sœur, toi à qui je dis tout, ma meilleure amie… J’ai pris çà dans la face, mais vois-tu, cette annonce n’a pas eu pour effet de transformer mon cœur en un volcan bouillonnant de tristesse et de jalousie.

Non, contrairement à ce que tu pourrais penser, je l’ai écoutée avec un grand bonheur : j'étais heureux pour Elle.

Après ces quelques instants bien trop courts, nous nous sommes séparés, obligés par le temps. Et là, au moment de la séparation, c’est Elle qui m’a pris dans ses bras.

Elle qui m’a serré fort.

Très fort.

Mes yeux commençaient à s’embuer d’émotion. Et quand Elle m’a étreint, Elle m’a murmuré que jamais Elle ne relaisserait autant de temps entre nous. Et Elle tiendra parole, hermanita, je le sais. Puis, comme un souffle, comme un vent du sud qui arrête de chauffer ce qui l’entoure, Elle s’est engouffrée dans une bouche de métro, et moi je suis resté là, sur le trottoir.

Immobile.

Sur le coup, je me suis demandé si j’avais rêvé, mais mon odorat encore tout gorgé de son parfum malgré le froid ambiant m’a bien confirmé que ce que j’avais vu, que ce que j'avais vécu, était bel et bien réel.

Irréellement réel…

Et à cet instant, ce sont les mots d'Aznavour qui me sont venus à la mémoire....

Je n'aurais jamais cru qu'on se rencontrerait
Le hasard est curieux, il provoque les choses
Et le destin pressé un instant prend la pause
Non je n'ai rien oublié

Je souris malgré moi, rien qu'à te regarder
Si les mois, les années marquent souvent les êtres
Toi, tu n'as pas changé, la coiffure peut-être
Non je n'ai rien oublié

 

Un cadeau de Noël avant l’heure…

Alors, au lieu de repartir vers l’aéroport, j’ai fait une folie et j’ai changé brusquement mes plans. J’ai sauté dans le premier train qui montait vers la mer. Vers sa douce Normandie, son pays à Elle ; son si beau pays. Si vrai. Ce pays qui a tant inspiré les impressionnistes, par sa mélancolie, la douceur de ses couleurs, son authenticité. J’avais envie de chanter… J’étais bien…

Ce n'est que plusieurs heures après que je suis arrivé à Granville. La place était en fête, comme toutes les places de France un 24 décembre au soir. J’ai respiré les parfums de cet endroit, ces senteurs simples, fraîches, vraies et agréables.

 

medium_noel_tallinn.jpg

J’ai marché vers la mer, le cœur léger de ces bonnes nouvelles. J’étais bien... Tu vas me trouver prétentieux, petite sœur, mais pourquoi te le cacherais-je à toi que j’aime tant et à qui je dis tout : il m’a semblé que j’étais touché par la Grâce…

La journée m’avait déjà offert le plus beau cadeau de Noël que j’aurais imaginé recevoir…

Les vagues de la mer
Sont des baisers
Que la mer vient poser
Quand elle s'ennuie d'attendre…
Les vagues de la mer
Sont des baisers
Le sable tend sa joue
A cette femme tendre.
   
medium_NUIT.jpg

Je suis allé sur la plage et me suis approché de l’eau, sans même me rendre compte que j’étais le seul fou à faire çà, un jour comme celui-là, en plein hiver, sans même réaliser que la nuit venait de tomber. Mais tu me connais tant, hermanita…, tu le sais très bien : moi et les conventions, çà fait deux… Je me demande même si çà ne fait pas trois, des fois !
   

Petite fille aux yeux si purs, mon amour
Tablier rouge sur l'azur des beaux jours
Le drapeau rouge sur la plage est levé
Souvenirs ... attention ... danger
   

La mer était d'huile.

Une fine couche de neige recouvrait le sable. Je me suis baissé, et j’en ai ramassé une mince pellicule. Je l’ai mise dans le creux de ma main, et, juste avant qu’elle ne fonde, je l’ai envoyée en l’air en faisant un vœu. Celui que plus jamais les années ne s’engouffrent entre Elle et moi.

 

Cela m'a fait du bien de sentir ta présence
Je me sens différent, comme un peu plus léger
On a souvent besoin d'un bain d'adolescence
C'est doux de revenir aux sources du passé

 

Et là, à cet instant, j’ai eu la réponse. Crois-tu aux contes de Noël, petite sœur ? Depuis ces dernières heures, j’en ai vécu un qui vaut largement ceux de Dickens !

A ce moment-là, en effet, j’ai vu dans le ciel une trace lumineuse. Etait-ce le Père Noël qui rodait son traineau ? Etait-ce une étoile filante ? Je ne sais pas. Mais ce dont je suis sûr, c’est qu’à cet instant je me suis senti enveloppé d’un vent tiède et agréable. Un vent du sud, presque chaud. A ce moment-là, j'ai vu un trou se creuser à mes pieds, juste à coté de moi ; et j’ai enfin senti ces centaines d’enclumes qui ont trop longtemps habité mon cœur y tomber et s’enfoncer pour disparaître dans le sable humide. A jamais.


Des mots qui ressemblent à la mer
Des mots où l'on voit à travers
Des mots d'amertume et d'amour
Des mots tendres et des mots lourds

 

A cet instant, j’ai eu envie de chanter, d’aller embrasser les gens qui se promenaient dans les rues… Oui. Oui j’ai ressenti tout çà. Et quand j'ai senti ces poids sombrer, comme des grands fauves avides de vie et de sang qui s'enfuiraient loin de moi, j'ai aussi compris qu'ils laisseraient la place à un petit pincement au coeur qu'il me faudra apprendre à dompter. Je sais qu'il viendra de temps en temps, comme çà, sans prévenir, et aussi qu'il repartira quand il le voudra, jusqu'à sa prochaine visite, un peu comme un vieux compagnon que l'on n'aime pas trop mais avec qui on est contraint de partager certains moments. Auquel on doit s'habituer. En fait, je me dis qu'il ne m'embêtera pas plus que la petite raideur aux cervicales que peuvent ressentir des millions de personnes près une journée de travail trop intense...

  
Chez moi, les tigres sont morts,
Y a un chat qui dort,
Un chien pas méchant

      

J'ai senti monter en moi des larmes de douceur et d’émotion.
   

Et je te mettrai sur le sable
Ame et corps jusqu'a perte nuit
Pour mettre un terme à mon ennui
   

J’ai arpenté la plage, en me repassant cent fois dans ma tête le film de cette rencontre impromptue sur un trottoir de Paris ; j'ai revu son regard doux et tendre, son visage illuminé sur lequel j'ai pu détecter, quand Elle m’a parlé, une délicieuse imperfection qui est, chez Elle, le révélateur d’une émotion particulière : une très légère crispation tremblée de sa bouche, une très légère vibration de sa lèvre inférieure. 

Ne crois pas, petite sœur, que cela ne soit qu'un détail… C’est comme si tu me disais que l’ultime coup de pinceau que Vermeer a donné sur son œuvre ne sert à rien… C’est comme si tu essayais de me convaincre que le petit coup de triangle à la fin d’un acte chez Verdi est inutile… Car c’est pourtant çà qui fait tout, telles ces appoggiatures sur certaines notes de musiques qui mettent du relief au morceau, effaçant le lisse et le banal pour faire rêver en trois dimensions…

medium_cube-o.jpg

Oui, en ce moment, je rêve vraiment en trois dimensions. Je suis dans un cube de bien-être, un dé gigantesque ouvert vers le Ciel, flottant dans une ambiance ouatée, entouré de ces trois éléments que sont l’eau, l’air et la terre, au milieu de ces galaxies qui tapissent mon univers, brillantes et rayonnantes, fédérées par ces trois points parfaitement alignés que l’on appelle le Baudrier d’Orion.
 

J’aime les ports de l’Atlantique,
Quand les sirènes vont gueulant,
L’inconstance des goélands,
Qui m’attirent vers l’Amérique…
Je les ai tenus contre moi,
Avec leur envie de partir,
Avec leur envie de mourir,
Tout comme moi, tout comme moi…
 

Alors j’ai quitté le sable humide et je suis reparti vers le centre du village, le cœur léger. Il n’y avait déjà plus grand monde dans les rues, les gens s’affairant à préparer leur réveillon.

Puis je suis rentré dans un café, dans lequel je suis depuis une heure, et duquel je t’écris, laissant ma plume courir comme une folle sur le papier pour te raconter tout çà… Mais aucun mot ne saurait retranscrire ce que je ressens.

Alors je crois que tu as compris maintanant pourquoi je t'ai dit que je vivais aujourd’hui mon plus beau Noël ; étant enfant, j’avais du mal à trouver le sommeil ces nuits-là, m’imaginant déjà le lendemain, déballant ces grosses boîtes de jouets. Mais aujourd’hui, c’est moi qui refuserai le sommeil, pour jouir pleinement de ces heures. 

   


    

Je rentrerai demain à Paris et je reprendrai le premier avion qui, après plusieurs heures de vol, me ramènera chez moi. Je serai déjà rentré quand tu recevras ce courrier, car tu n'ouvriras ta boîte aux lettres qu'à ton retour de tes fêtes de Noël, que tu passes près d'une autre mer de France, sous un ciel tiède, tapissé d'étoiles sucrées comme des marrons glacés.

Alors, avec quelques jours de décalage, à toi aussi : Joyeux Noël, ma petite sœur de coeur... Et je t'embrasse très affectueusement.

jeudi, septembre 14, 2006

Croisade vers la lumière

Je marche dans cette forêt depuis des heures.

    

Seul.

    

Le soleil a commencé depuis déjà longtemps sa longue course vers le soir, et la fraîcheur me saisit tout le corps. J’ai froid... Je grelotte depuis déjà longtemps, mais maintenant, les températures deviennent si contrastées entre l’extérieur et la fièvre qui rougit mes joues, que cela devient difficile, si difficile que peu de mots arriveraient à traduire les milliers de souffrances qui me rongent…
 

Et pourtant, je marche. Droit devant. Les arbres sont hauts et je n’entends presque plus le chant des oiseaux qui s’en sont retournés à leurs foyers. Et moi je marche... Je poursuis ma route infernale avec, pour seul compagnon, le tambourinement insupportable de mon sang quand il arrive à ma tête. Ca cogne, là-dedans !... Ca fait horriblement mal, mais je continue...

   

Il le faut !



À chaque son de cloche, une feuille s'envole,
Un arbre tend ses bras tordus vers le ciel,
À chaque son de cloche on a mal dans les nerfs,
On dirait que l'on cloue un cercueil de bois vert,
On dirait qu' le bon Dieu s'amuse...
À chaque son de cloche,
Que le bon Dieu s'amuse avec l'enfer.



Et puis j’ai soif... Mes lèvres sont horriblement sèches, tellement sèches que je les sens prêtes à se déchirer en mille morceaux...  et j’ai de plus en plus de mal à respirer. De temps à autres, le bruit d’un petit animal de ces lieux me rappelle que je suis encore chez les vivants.
 

Je suis fatigué... chaque pas me pèse comme si je traînais un boulet cloué à ma cheville, rivé dans mes os... C’est aussi pour cela que mes jambes sont lourdes et que j’ai mal partout...
  

J’ai envie de m’asseoir, mais je ne peux pas me payer ce luxe : non, il faut que je poursuive ma croisade sans perdre de temps, ma quête vers un quelque part où je vais, guidé par mon seul instinct : c’est devant...

A force de marcher dans cet état, non seulement la tête me fait mal, mais elle tourne comme une folle. Je vois les arbres de la forêt qui commencent à danser devant moi... Ils doivent être sacrément heureux pour danser !!! Mais que fêtent-ils donc ?...



La vague vient, la vague part,

L’air est malsain, l’air est humide,

Ici c’est plus moi qui décide,

Ombre grise sur rocher noir,

J’vois plus qu’ma mort, dans mon miroir…



N'y tenant plus, ivre d'épuisement, haletant de fatigue, je m’accroche à la branche d'un jeune chêne. Je touche mon front : il est bouillant de fièvre, et ma gorge est sèche. Je suis exténué, tout transpirant d’angoisse : ma sueur ruisselle sur mon visage, une sueur fétide, sale, insupportable...
 

Arrêtant un instant ma couse effrénée, incapable de maîtriser la fatigue qui me pèse comme une chape de plomb, me voilà assis au pied de cet arbre, contemplant le triste tableau de ces jambes tendues devant moi... : des jambes écorchées, maculées de croûtes, pour certaines encore en sang...

    

Je respire comme une cheminée d’usine, et à chaque respiration, j’ai mal dans les bronches qui râlent de plus en plus bruyamment.

    

A cet instant, j'ai l'impression de ressembler à une marionnette que l'on aurait rangé dans un placard entre deux représentations, les fils à terre : le regard vide, le corps mou, l'esprit moribond. Je me souviens d'un picotement très désagréable sur la main que j’avais laissée traîner sur la mousse verte et humide : c'était une araignée qui entamait une ascension vers mon bras. D’un revers de l’autre main, je l’ai anéantie et transformée en une bouillie sombre qui se perdra au milieu des branchages, feuilles et mottes de terre qui tapissent cette forêt.

  

Quand on revient de là…
De ces jours qu'on détruit
Dans des nuits qui s'oxydent
Au gré d'hara-kiri
Que le hasard décide…



Les gouttes de sueur qui ruissellent de partout me donnent l’impression que mille petites bêtes me piétinent. Mille petites bêtes qui nageraient sur cette peau chaude et humide… Mais c’est idiot… pourquoi faire ? Ma peau n’intéresse personne, ici. J’essaie de ne pas penser à ces chatouillis, sinon je crois que mon esprit dérangé par la fièvre me laisserait imaginer que je suis dans le rôle que tenait Yves Montand dans « L’Aveu ». Je l’aimais bien, Montand... Je force mon esprit à se concentrer sur une idée, sur quelque chose pour ne pas sombrer... ni devenir complètement fou... Montand ?, pourquoi pas... Ou penser à quelque chose de reposant. Un champ de coquelicots, par exemple... Non !! non !!... le rouge me rappellerait trop la chaleur de ma fièvre, mon feu intérieur qui me mine... Un conte de fées ? Une jolie histoire ? Pourquoi pas…



J’m’ennuie,

A dire : « Je t’aime, grand méchant loup, je t’aime ! »


 

Pourquoi mon esprit me guide-t-il toujours vers des couleurs criardes, éreintantes, brûlantes ?… Et puis j’ai de plus en plus soif. Je n’ai pas bu depuis des heures. Mes yeux ont envie de se fermer mais il ne faut pas que je me repose. Non, pas maintenant, c’est trop tôt. Alors, pour ne pas céder au sommeil, je fais mille efforts pour tenter de me redresser... A grand peine, j'arrive à me mettre dans une position à peu près humaine, au prix d'appuis douloureux sur mes genoux déjà écorchés et sanguinolents... Maintenant, l'essentiel est de se convaincre que les quelques instants de pause volés au temps me permettront d’aller plus vite. Plus vite, et plus loin. Une fois debout, mes douleurs, elles aussi, se sont réveillées de toute part, encore plus sournoises, plus brûlantes qu'auparavant...

  

J'ai mal...

    

Et puis enfin, j'ai pu reprendre mon parcours.  Ma croisade. J’ai de plus en plus de mal à sentir certaines parties de mon corps.
    

Je ne veux pas me demander si j’irai jusqu’au bout... Non, ne pas se poser de questions : avancer, sans douter...

  

medium_FORET_20de_20nuit.jpg
  

Le soleil a presque totalement disparu à l’heure qu’il est, mais je connais la direction que je dois prendre. Je n’ai pas de boussole, mais j'ai confiance en mon instinct qui me montre le chemin. Un peu comme un animal qui poursuivrait sa route malgré les vents contraires ou les embûches posées devant lui. Un peu comme un éléphant qui chercherait son cimetière pour se reposer de toute son éternité... Mais pour moi, c’est l’inverse : contrairement aux apparences, je suis en train de ressusciter de seconde en seconde. Je quitte mon cimetière et cours vers la vie. Je fais le « grand chemin », mais dans l’autre sens.



C’est déjà assez les rochers,

Les courants contraires,

Combien d’entre nous atteindront,

A l’heure dernière,

La source première



Pour m’occuper l’esprit, j’essaie de me rappeler depuis combien de jours je marche… Je ne sais pas exactement, en fait. Depuis des jours et des jours... depuis des semaines...

    

Le plus dur, c’est la faim qui me trucide le ventre... Dans les premiers jours, j’ai épuisé toutes mes ressources, victuailles et eaux. Et aujourd’hui, sans bagages, sans nourriture, sans argent, cela devient difficile d’avancer. Mais je sais que cette forêt est la dernière...

   

Je le sens.

      

Je sais que derrière ces arbres, c’est la fin du martyr, la fin de ma mort, la renaissance enfin.

    

Encore un effort...
 

Mon pied droit me fait très mal. Depuis hier, la semelle de ma chaussure s’est décollée et peu de chose me protège du sol. Mon pied est blessé, en sang, mais je m’en fiche. Plus rien n’a plus d’importance que mon but à atteindre. Même mes habits devenus des loques infectes me paraissent complètement secondaires.
   

Je marche...
Je marche, encore et toujours...
    

Mais, malgré ma détermination, mon ventre, tordu par la douleur et la fièvre exige une autre pause. Je ne peux plus lutter. S'arrêter ici entre ces deux grands chênes... Me coincer entre ces deux troncs et fermer les yeux... Dormir ici, pour la nuit. Oui, c’est bien, ici. Quand je dis « c’est bien », cela veut dire que je me suis rapproché un peu plus de mon but par rapport à l'instant d'avant. Tout le reste n’a absolument plus aucune importance.
  

En un clin d’œil, mes forces m'ont abandonné. A cette seconde, je ne suis presque plus un être vivant. Tout juste un gisant, les bras pendants... en quête d'une résurrection.
  

Puis le noir...

    

Le néant...


Quand on revient de là ;
On porte son aura,
Comme les Cariatides
Portaient les anciens toits,
On se sent tellement veules,
On vient de tellement bas...
Alors, comme un aïeul,
On s'en va faire un trou,
Au pied du vieux tilleul,
Là où les enfants jouent,
Un jour de pas très chaud,
Un jour d'un peu trop froid ;
On retourne là-haut,
Puisque l'on vient de là…



Aucun rêve, aucune pensée, aucune impression.

    

Rien.

    

Le vide. 

    

Exactement le reflet de moi-même.
      

C’est un cri d’oiseau qui m’a réveillé au jour levant. Je ne sais pas quelle heure il devait être. 5 heures ? 6 heures ? Je ne sais pas, je ne sais plus les heures des humains depuis que j’ai perdu ma montre il y a quelques jours, alors que je buvais de l’eau dans un étang, près du Bois-Gonthier, et qu'elle s’est décrochée de mon poignet pour tomber dans la vase. C’est sûrement cette eau puante et stagnante qui a déclenché cette fièvre. C’est pour cela que je suis dans cet état. Mais il faut bien boire !!…

    

Je suis déjà sûrement très malade, mais maintenant, j'ai peur de devenir complètement fou. Que cette croisade finisse vite !! Que je meurs ou que je revive... Pour moi l'Enfer ou le Paradis... mais plus le Purgatoire... Je n'en peux plus...

  

 

Un peu plus tard, un peu plus tôt,
Par l'avion ou par le métro,
Ou simplement,
En prenant tout son temps...
Les gens comme nous ne savent pas
Ce qui fait avancer leurs pas
Mais on s'en va..., on s'en va...

... 
Seul tout seul pas plus que le
Fils de l'homme au pied du calvaire
Qui sait que sa mort ne peut
Que servir l'orgueil de son père.

...
Seul, tout seul,
Tout le monde est seul !
Tout seul, tout seul... tout seul !!
 
 

Disparaître pendant un temps.
Pour mieux renaître...
Se perdre, pour pouvoir revivre !…

 

medium_branche.jpg

 

En me traînant pour tenter de me relever, telle une bête en fin de vie, je me suis mis à vomir. De la bile, du sang. Dans l’état où je suis, je ferais peur à des sorcières si elles habitaient dans cette forêt… Comme on dit dans les contes de fées… Mais ce que je vis n’est pas un conte que l’on peut raconter aux enfants.

    

Et je marche... Encore et toujours...

  

Titubant de fatigue, je suis tombé en avant, et je me suis râpé le torse presque entièrement dénudé contre des branches fines au bois affûté. En tombant, ma mâchoire a heurté une pierre aux arêtes saillantes... Mon menton saigne abondamment... Aucune importance. J’ai mal partout : peu importe...

    

Il faut que la bête se relève !

Après quelques ultimes efforts, enfin debout, ma route peut continuer... Ma route... toujours devant moi.
  

Encore la marche... Encore les souffrances... Encore les milliers de poignards qui excitent sournoisement toutes mes plaies...

    

Soudain, après quelques centaines de mètres de marche, je crois remarquer une route de campagne au loin... La fin de cette forêt ?... Pourvu que ce ne soit pas un mirage, une vision de mon esprit malade... Il faut s’approcher doucement, être très prudent. Se calmer. Se maîtriser. Respirer avec ce qui reste de souffle...

    

Oui !! Oui, pour une fois, ce n'était pas un mirage... Oui, c'est bien un chemin de campagne qui se dessine devant moi... Par chance, à quelques dizaines de mètres à gauche sur cette petite route, je distingue un croisement avec un panneau. Vite... vite... s'approcher de ce panneau pour lire les indications... et voir si mon instinct ne m’a pas trahi.

    

Il m'a fallu beaucoup de temps pour arriver à lire les mots affichés, à cause de ma vue brouillée, elle aussi, par la fatigue. Au bout d'un long moment, en déchiffrant les noms inscrits sur le panneau, un souffle rassurant m’a envahi. J’aurais presque eu envie de sourire si mes lèvres n’étaient pas gercées par la soif et par la fièvre qui continue à me marteler la tête…
 

Non, mon instinct ne m'a pas trahi ; j’y suis presque. C'est pour aujourd'hui... Enfin....



Il est temps,

D’émigrer, vers le soleil des émigrants,

D’émigrer, vers le soleil des émigrants…



Enfin…

  

Mais j’ai toujours très faim et très soif. Devant moi, une maison. Peut-être celle de l’agriculteur qui s’occupe des grands champs que je distingue à ma droite. Sur le coté, un potager. C’est plus qu’il n’en faut !! Presque un miracle... : je me suis approché en rampant comme un reptile, et me suis jeté, affamé, sur les tomates qui pendaient lourdement à leurs branches. En les croquant sans retenue, c’est un geyser de fraîcheur qui m'a empli la bouche. Jamais je n’avais remarqué que c’était si bon…. J’ai dû en croquer une bonne dizaine, lorsque j’ai entendu les aboiements inquiétants, bien qu'encore lointains, d’un chien qui, à n’en pas douter, m’avait repéré. Ne pas rester. Filer, toujours dans la bonne direction. Comme un animal traqué, comme une proie facile… Mais non, il n’y aura pas d’hallali !!! C’est hors de question : je réussirai...
     

Il faut que je continue à avancer, à ramper, à marcher... vers la lumière...

     

Enfin, après plusieurs heures de marche difficiles, usantes, éreintantes, inhumaines,... j'ai reconnu la ville, la fin du voyage. Enfin les faubourgs de Granville, le parfum de la mer, son odeur salée et ses embruns si caractéristiques.

    

Continuer... encore... encore un peu...

    

Puis j'ai reconnu, m’aventurant dans les rues, ces endroits synonymes de tant de choses...

    

Enfin...
 

Voici des fleurs, des fruits
Des feuilles et des branches,
La gare Montparnasse, ô, vous souvenez-vous,
Votre cœur était pur, votre robe était blanche,
Votre amour était clair, votre corps était doux...


 

Je ne peux presque plus mettre un pied devant l'autre. Je titube de douleur. Ma vue est en très mauvais état et je n'ai presque plus le sens de l'équilibre. Pour avancer, je dois m'appuyer aux maisons, aux murs, aux arbres, aux véhicules en stationnement... Les passants me regardent et se retournent sur mon passage. Ils doivent penser que je suis un clochard en sang ; c’est en tout cas ce que doit penser la bourgeoise qui vient de changer de trottoir pour ne pas me croiser. Mais je ne lui en veux pas : je sens tellement mauvais !
  

Il faut que je me hâte. Je suis sûr que certains pensent que je suis un évadé et envisagent d’appeler la police. Mais je m’en fiche. Plus rien n’a d’importance maintenant : je n'ai jamais été si proche de mon but...

    
  

Non, rien je vous l'avoue
Rien ne vaut, vous !
De vous je suis dévot :
Rien ne vous vaut ...



Malgré ma fièvre et ma fatigue, malgré mes loques, malgré la chaussure que je viens d’abandonner, malgré la faim qui me perfore le ventre, malgré ma puanteur, j’avance. J’avance vers le port. Ma respiration devient de plus en plus bruyante. Mes bronches sont prêtes à lâcher à cause de ma chaleur intérieure qui les tue à grand feu... Juste avant le port, je prends la rue D., pour me diriger vers l’endroit où Elle travaille. Je ralentis le pas.

      

Je suis dans sa rue. Je distingue le bâtiment. Encore quelques mètres... Le bâtiment grossit au fur et à mesure que je m'en rapproche. Mais je serais bien incapable de dire quoi que ce soit d'autre sur mon environnement : je suis devenu aveugle à tout ce qui n'est pas "Elle".

   

Ca y est... J'arrive devant...

    

Je m'arrête.

    

Je regarde à travers la fenêtre fumée. Je distingue une silhouette en mouvement. Est-ce que c’est Elle ? Pourvu que ce soit Elle !!! Ô Seigneur faîtes que ce soit Elle... Que je n'aie pas fait tout ce chemin de Croix pour rien...
    

Mais j’ai beaucoup de mal à voir, à distinguer les choses qui m'entourent, saoul par la maladie. Je suis en train de chanceler. Je ne sais pas si c’est l’effet de mon imagination, de la fièvre, ou bien le reflet de la réalité, mais la silhouette que je venais de distinguer furtivement n’est déjà plus là, de l’autre coté de la vitre noire… Elle vient de disparaître.
       

J’arrive à grand peine à me tenir au muret au-dessous de la fenêtre fumée, mais je sais que cet appui va devenir rapidement insuffisant. Mes doigts ont déjà envie de glisser... Allez, encore un peu de courage !

  

Et c’est alors qu’au moment de chavirer, au moment de sombrer dans le néant, à ce moment précis, j’ai senti des mains m’agripper le bras, des mains fermes mais si douces. Si douces et si rassurantes… Et plus haut, le long de ces bras de soie et de satin, enfin ce visage aux yeux verts qui, noyé dans les larmes, m’a fait comprendre d'un regard que mon calvaire était terminé.

   

Aucun mot, aucun bruit...

    

Aucun son. 

    

Seulement les sentiments qui passent, comme des fusées de tendresse, par le regard et la douceur de la peau…

    

Enfin ce visage que j’espérais à chaque pas de mon voyage, enfin cette peau qui calmera mes angoisses.

  

Enfin ce parfum reconnaissable entre mille, cette fragrance unique fabriquée par les Anges et réservée aux Déesses ou aux êtres exceptionnels... 

 

medium_sun.jpg


 

Le temps s'est arrêté. 

   

Alors soudain, comme s'ils sortaient du sol en explosant le trottoir, j’ai entendu cent mille violons jouer la plus douce des musiques. En un instant, j’ai vu le ciel se dégager, les nuages se dissiper, j’ai ressenti le bien-être m’envahir, point d’orgue magnifique pour la symphonie de ma renaissance… En un éclair, j’ai vu Dieu, Jéhovah, et tous les saints se rapprocher de moi, me toucher l’épaule et sourire, satisfaits de mon bien-être.

   

En un instant, je me suis vu il y a vingt siècles sur la croix, au milieu d'un peuple scandant le nom de Barrabas... Et j'ai senti l'épée du centurion me percer le flanc : oui, en cet instant, je suis mort et ai ressuscité instantanément au milieu des terres d'Orient, où j'ai vu les hommes poser leurs armes destructrices et s'embrasser loin des chars, mêlant dans leurs étreintes toutes les obédiences et toutes les religions. Là, j'ai senti le souffle de la chaleur du désert de Nubie, les cristaux de sable fouettant mon visage pour le réveiller.

        

En un millième de seconde, j'ai vécu ce feu d'artifice de sensations mélangées, reflets d'un bonheur indescriptible. Et mon coeur s'est emballé. Il est devenu si gros qu'il est sorti de son logement pour englober tout ce qu'il trouvait sur son passage, des tours de Babel et de Montparnasse, aux jumelles de la nouvelle York qui, comme par magie, se sont reconstruites devant moi, et ont laissé jaillir de leurs milliers de fenêtres ouvertes sur le monde des rais de lumières aux couleurs de l'Amour.

   

D’un coup je me suis senti fort, battant, imbattable, indestructible…   
   

Alors, à ce moment-là, j’ai pu me laisser aller sans résister, laisser mes paupières de plomb recouvrir mes yeux, sans lutter, comme ces lourds rideaux de tissu qui tombent à la fin des pièces grecques dignes des plus grands tragédiens antiques.

    

Mais je savais qu’après les saluts, la partition serait différente, et que je me réveillerais pleinement heureux, dans les bras d’une femme qui ressemble à un ange, et que je poursuivrai ma vie dans le bonheur et dans la paix.
 

L'espérance est une île
Où les bateaux accostent
Pour nous livrer l'amour...
Un e-mail ou un fax, une lettre à la poste
Nous attendons toujours


L'espérance est une île
Et les îles me plaisent,
Où le regard se perd
Au pied d'un pilotis,
J'arrimerai ma chaise
Et j'attendrai... la mer...

 

  

  

  

  

Laurent - été 2006

  

* * * * *

  

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mardi, mai 09, 2006

Communion en dos majeur

Je me souviens de cette soirée comme si c’était hier. Pourtant, il y a déjà si longtemps ! Depuis cette nuit, à la fois noire et blanche, les années n'ont fait que laisser défiler leur cortège insipide de saisons et d'événements réguliers, de traditions ridicules et répétées, de bienséances polies jusqu'à la brillance des choses sans saveurs. Mais pour mon coeur, la chaleur de ce souvenir est toujours aussi vive et intacte...

Nous vivions les derniers jours du mois d'août. medium_zdos1.jpgPar la chaleur lourde de l'été déclinant, tu étais venue dans mon appartement, du coté de Granville, à quelques encablures du port de Saint-Pair sur Mer.

Tu étais si belle !… Si belle et si jeune !… Le soleil commençait à tomber et je te revois, allongée sur le matelas que nous avions jeté, désinvoltes, au beau milieu de la pièce… Allongée sur le ventre, offrant à mes mains et à ma bouche ton dos de femme que j’avais envie de croquer d’une seule bouchée.

Allongée ainsi, tu ne bougeais pas. Moi j’étais à tes cotés, tantôt assis en tailleur, tantôt à genoux sur ce matelas qui allait nous supporter durant cette nuit de communion… Ta chevelure et ton cou à ma gauche, tes jambes à ma droite... : un panorama exceptionnel. Je revois, comme si elles étaient encore devant mes yeux, tes mains croisées sous ton visage, tes mains aux doigts fins et si doux ; pas un mot ne sortait de nos bouches. Pas un mot mais des respirations qui en disaient infiniment plus long que tous les mots du dictionnaire… Ce soir-là, j’ai commencé par embrasser ta nuque, tout doucement, écartant ta chevelure de feu qui avait pris, par l'influence chaude du soleil, de légères nuances de roux. Tes cheveux tombaient pêle-mêle de part et d’autre de ton visage. Et toi tu ne bougeais pas...

medium_zdos60.jpgLa marque de ton maillot récemment enlevé dessinait sur ton corps une parabole, de ta nuque jusqu'au milieu de ton dos. Mille petits baisers offerts sur cette surface chaude procuraient en moi une excitation divine et j’avais envie de te croquer comme je l'aurais fait d'un biscuit qui serait tout juste sorti du four. Mes mains passaient, glissaient sur ton dos sombre et provoquaient l’érection sur ta peau d’une infinité d’infimes poils à peine visibles, témoins de notre bien-être.... Sans crème, sans fard, seulement avec mes mains qui valsaient inlassablement sur cette surface parfaite et si désirable. Ton visage me répondait par un sourire de plaisir qui dessinait des fossettes de douceur sur ton visage incliné, et dont je ne voyais qu’un coté, à peine caché sous quelques mèches de cheveux. Un visage de bien-être. D’épanouissement complet.

Tout traîne, ta ceinture,
Mon pantalon, tes bas,
Jusqu’à ta chevelure
Qui passe autour de moi.
C’est drôle les tentures,
On dirait des oiseaux.
Le vent sur la toiture
Fait un bruit de bambo.

   

Et puis je me suis aventuré plus bas, vers une surface à peine plus fraîche, naguère cachée sous un maillot de bain, mais tout aussi chaude d’envie, vers le creux de tes reins, cette vallée des rois que j’avais envie de violer, non pour y retrouver quelque trésor enfoui, mais pour la faire onduler de plaisir, par le mariage des caresses incessantes de mes mains et de mes lèvres qui t’embrassaient.

medium_zdos20.jpg

Doucement, interminablement doucement. Tendrement, scandaleusement tendrement. Calmement, passionnément calmement…

Dieu que tu étais belle !

Pendant ce temps, le soleil continuait à décroître et la radio nous envoûtait de musiques douces et de chansons tendres, laissant parfois la parole aux vagues de la Manche qui, par leur flux et reflux au jour tombant, se faisaient plus vives… avec, en bruit de fond, la course des adolescents que nous entendions crier au loin, sur la plage, quand ils sautaient dans cette eau fraîche pour jouer à s’éclabousser.

Des plages blanches sous la lune
Des voiles blanches et puis le ciel
On pourra se croire éternels
Au premier souffle du printemps
Des plages blanches sous la lune
Et ta peau comme du satin
Brûlante et tendre sous mes mains
Au premier souffle du printemps
Le vent soufflera dans nos voiles
Corps contre corps
Joue contre joue
Que je saurai t'apprendre l'amour
A demi nue sous les étoiles.

  

Par la fenêtre ouverte, les rideaux se gonflaient du vent qui arrivait à peine à rafraîchir l’air ambiant. Quand je repense à ce moment, je revois la paix, le calme. Je revois un film doux et intime, en noir et blanc. Je ressens le bien-être d’une communion avec un être exceptionnel… Le calme, la douceur, la tendresse, la passion, le désir, … tous ces sentiments qui nous envahissaient en même temps, générant un cocktail à la recette unique, et dont le résultat aurait fait pâlir d’envie les plus fins gourmets !

Mes mains reprenaient leurs mouvements, de ta nuque au creux de tes reins, sans discontinuer. Ce n’était pas un massage, tout juste une promenade de caresses de dix promeneurs infatigables qui voulaient t’explorer… Ma bouche reprenait, elle-aussi, ce parcours idyllique, dont aucun guide touristique, même le plus incollable, ne pouvait parler, ignorant que c’était la balade la plus érotique de Granville… et même des deux Normandies réunies...

medium_zdos5.jpg

Le flux et le reflux de la mer cadençait ce mouvement continu ; tu étais allongée, presque entièrement nue, et moi, à genoux près de toi, je me régalais impitoyablement. Pour toi, c’était ta « première fois ». Mais tu avais confiance, et tu te laissais faire.

Moi qui parlais beaucoup trop vite,
Moi qui ne savais pas chanter,
Moi qui n'ai connu la musique,
Que de t'avoir vu l'écouter...
Moi qui ne rêvais que d'espace,
De désert et d'immensité,
Chaque fois que ton ombre passe,
Je n'ai plus envie de bouger...

   

Un petit morceau de dentelle m’a rappelé que tu n’avais pas osé ôter ton seul habit : une petite culotte blanche qui masquait de chaque coté une moitié de tes fesses splendissimes. Tes fesses rebondies sur lesquelles, sans m’en apercevoir, mes mains avaient échoué, comme un marin sur une île déserte où ne vivraient que des sirènes. Lentement, mes mains passaient sur ces dômes parfaits, de l’un à l’autre, de l’autre à l’un… en rangeant soigneusement à chaque fois un peu plus ces éclats de dentelles dans ta rainure intime, afin de mettre davantage ta peau à nu.

Tu aimais cela. Tu adorais cela. Déjà, intérieurement, tu jouissais de cela...

Je regardais le petit morceau de visage que je pouvais deviner, ce visage qui reposait toujours sur tes mains jointes et en partie caché sous tes cheveux d’ange. Je sentais ta respiration s’accélérer, non sous le fait de l’angoisse, mais sous l’effet du plaisir. Ta respiration s’accélérant, je devinais davantage le volume de tes seins écrasés contre le tissu du matelas. Ce volume dont je m’occuperais un peu plus tard…

Mes lèvres se sont plaquées sur tes fesses, surface douce que mes mains avaient préparé à cet hommage buccal en repoussant vers le centre ta petite culotte de dentelle. Ma langue montait et descendait infatigablement sur ces buttes, les comparant l’une à l’autre, pinçant tendrement mes lèvres sur leurs sommets… Et les remassant de mes doigts hardis et de mes paumes tièdes et douces, sans m’interrompre une seule seconde.

medium_zdos4.jpg

Toujours, encore, le va, le vient, la montée, la descente, les caresses, les caresses…

Nous étions enivrés de ces moments de doux érotisme, de ce moment de sensualité poussée à son paroxysme. Toi, lascive, et moi, conquérant qui concentrait sur ma bouche et mes mains mes pulsions les plus viriles…

Et pendant ce temps, toujours la même odeur du soir grandissant, l'atmosphère feutrée d'une douceur en noir et blanc autour de nous. Le soleil avait presque disparu et la mer se faisait de plus en plus bruyante. Et cette chaleur qui nous enveloppait… une moiteur érotique qui répondait comme un écho de nos désirs à l’air de l’intimité de mon petit salon.

Une communion : voilà ce que nous faisions.

Tes jambes nues ressemblaient à deux fuseaux infinis… Des jambes longues, fines, élancées, tes jambes si féminines qui appelaient, elles-aussi, une bouche et des mains d’homme. Alors, caressant ces membres doux et frais, mes mains parcouraient leurs courbes douces, d’un coté à l’autre. Inlassablement.

Envie de me jeter cent fois par la fenêtre,
Par celle de tes yeux, par celle de ton corps,
Lire et relire encore cent fois la même lettre,
Te dire que je t'aime, et te le dire encore...
Je t'aime, mieux que çà je t'aime,
C'est mon cri, c'est mon anathème,
Et je te l'aboierai longtemps,
Jusqu'après le dernier volcan...

 

Je sentais que ton immobilité avait de plus en plus de mal à se stabiliser et que ton corps avait envie de répondre à mes caresses par un tangage ou un roulis de laisser-aller agréable. Passionnément agréable. Doucement agréable.

medium_zdos10.2.jpgTu étais tellement heureuse et agacée à la fois par ces douceurs qui n’en finissaient pas que, soudain, une de tes jambes s’est soulevée, comme une suggestion que tu me faisais à encore plus d’intimité. Je me suis déplacé vers tes pieds et j’ai accepté ton invitation, ta si douce et si irrésistible invitation. Alors, j’ai pris ta jambe contre mon torse, tel un harpiste qui voudrait jouer un morceau de musique en laissant aller ses doigts selon leur inspiration... Ton genoux contre mon sexe, ta cuisse contre la mienne, ton pied ouvert vers le plafond… De haut en bas, de bas en haut, mes mains et ma langue jonglaient sur ta jambe, de la cuisse à la plante de tes pieds. Je crois que ce soir-là, je n’ai laissé aucun centimètre carré de coté, aucune surface n’a été épargnée par ma langue en feu sur ta peau si tendre.

A la fois rebelle et soumise
Sous mes doigts comme un flamenco,
Je sentais bondir ta chemise,
Tu frémissais, comme un taureau,
C'est y pas vrai
L'amour, l'amour, l'amour, l'amour,
L'amour tout cru, l'amour tout court,
Je t'aime à en crever,
Je t'aime à me lever,
A me relever la nuit, pour te faire l'amour, l'amour...
L'amour, l'amour, l'amour, tout cru l'amour tout court,
Je t'aime à en crever... je t'aime à en crever...

   

De tes genoux, de tes jambes, de tes pieds : je me suis occupé de tout. Ma langue se régalait à se promener entre tes orteils, sur la plante de tes petits pieds adorables, surface douce et lisse, sur ton talon légèrement salé par les pas que tu avais faits, l’après-midi même, au bord de la mer… Et ce sel qui me picotait si agréablement la langue m’excitait encore davantage ; et toi, tu étais prise entre le rictus d’un léger chatouillis et les fossettes de plaisir…

La radio continuait de nous offrir une musique douce, comme si elle avait compris ce que nous faisions en ce moment-même. Dans ce début de nuit, la musique douce agrémentait l’ambiance feutrée et passionnée.

Le harpiste ne se décourageait pas devant la tâche si virile qui l’attendait et, avec des variations discrètes mais toujours aussi sensuelles, parcourait ta jambe sans relâche.

J’avais envie de toi. Ma nudité totale ne pouvait démentir cette envie, mais je ne voulais pas aller trop vite. Pourtant, alors que j’étais toujours à genoux à tes cotés, j’ai remarqué, en la reposant sur le matelas, que ta jambe ne s’est pas remise à son endroit d’origine. L’angle qu’elle formait avec sa compagne, à l’origine si faible, était plus accentué maintenant. Une invitation ? Peut-être, en tout cas sûrement pas l’effet du hasard ! Cette invitation, tu me l'as confirmée lorsque j’ai essayé de m’immiscer, à genoux, entre tes pieds, puis entre tes jambes, comme si je te remontais le trajet à l’envers, non pas par le chemin d’origine, par le coté de ton corps, mais par l’entrée royale, celle qui n’est réservée qu’aux très intimes. Sans aucune retenue, tes jambes se sont alors écartées encore plus sensiblement.

Et puis infiniment descendre,
Et là où tiède, sous la cendre,
Incandescente, un peu de braise
Attend que cent baisers l'apaisent
Comme un oiseau couve son nid
M'attarder jusqu'à l'infini
Te saliver jusqu'à ce que
Cent mille anges ferment tes yeux....

 

medium_zdos40.jpg

En remontant cette allée magnifique, mes mains se sont approchées de cette zone chaude et humide de ton désir. Il m’a été facile d’écarter cette petite culotte pour mettre à nu ce sexe qui m’appelait depuis si longtemps. Alors mes doigts ont commencé à le caresser, doucement, par effleurements doux et discrets. Mes doigts ont fait connaissance avec ce fruit exotique, jouant avec lui comme avec un complice que l’on connaît depuis longtemps. Et mes lèvres sont venues y apposer un doux baiser... Puis ma langue est venue apprécier la douceur intime et délicieusement parfumée du fruit de la passion. L'envoûtement qu'auraient pu connaître les Dieux antiques en se délectant de leur légendaire hydromel ou autres philtres d'ivresse du bonheur n'est rien en comparaison de ce que nous ressentions à cet instant...

Oui, je n’en pouvais plus. Oui, tu n’en pouvais plus.

Mais j’avais encore envie d’attendre.

Attendre encore un tout petit peu, dans cette moiteur douce et folle. C’est alors que j'ai repris ma position d'origine, à tes cotés. Ton corps ondulait et tu ne tenais pas en place. Tes jambes étaient follement écartées. Souriant devant ce tableau d'une beauté érotique à la limite de l'insoutenable, j'ai inséré ma main gauche sous ton sein plaqué contre le matelas. J'ai commencé à le caresser doucement. De mon autre main, j'ai caressé tes fesses, puis un peu au-dessous. Une douce masturbation, tendre et excitante.

Que tu étais belle, à bouger ainsi, comme une barque sur la mer... Alors j'ai plongé dans les vagues de ton dos, le recaressant pour la millième fois, le léchant avidement comme un cuisinier l'aurait fait d'un plat qui aurait contenu une préparation dont il ne voulait pas perdre une seule goutte.

Tu étais au bord de l'abîme.

Soudain, comme on annonce à un marin que son bateau va chavirer, tu t'es redressée et tu m’as délicieusement invité à m’asseoir à coté de toi. Tu t’es levée comme un elfe qui sortirait d’une chrysalide, une Vénus callipyge venue d'une autre planète, aux gestes inégalables de sensualité et d'amour.

Doucement, amoureusement, sensuellement. Lentement. Infiniment lentement. Pendant un temps que je ne peux pas chiffrer car il n’est pas sur l’échelle humaine.  Et là j’ai compris pourquoi, depuis le début, tout mon environnement semblait être teint en noir et blanc… J’avais mis un temps cela sur le compte du soleil qui déclinait, imperturbable, dans sa course vers le sommeil, et qui ne permettait plus de soutenir les couleurs des choses. Mais non : il s’agissait d’autre chose : là, à ce moment, j’ai eu la révélation que, de ton mouvement, se dégageaient mille lumières, mille couleurs. L’environnement ne pouvait pas briller : il en était bien incapable, car c’est tout ton être nu qui buvait les couleurs.

Tu rayonnais.

 

Tu m'embrasses, tu es là, épuisée de joie
Ca existe, je n'y croyais pas, à ces choses-là...
Tu m'enlaces, je suis là, je m'éveille en toi
Comme un arbre qui porte la joie,
Jusqu'au bout des doigts...
Je m'en fous si ce n'est pas le grand amour,
Tu m'as ouvert toutes les portes du soleil,
Quand mes nuits s'éclairent, comme s'il faisait grand jour,
Je m'en fous pas mal du grand amour...
Je m'en fous si ce n'est pas le grand amour
Tu m'as ouvert un ciel où nagent les oiseaux
Quand tu cries je t'aime, comme on crie au secours,
Je m'en fous pas mal du grand amour...

 

medium_zdos11.jpg

Puis tu t’es assise face à moi, sur ma cuisse ; et ta bouche est venue, souriante et gourmande, se plaquer contre mes lèvres, faisant tournoyer voluptueusement ta langue dans ma caverne qui buvait cette tête chercheuse délicieusement tiède… Tu as passé un bras autour de mon épaule. Une de mes mains a imité la tienne, s’enroulant autour de ton cou, mais sa jumelle a préféré le chemin des écoliers et est venue se plaquer contre ton sein volumineusement désirable…

  

medium_zdos6.jpgAlors mes doigts ont pincé avec une douce passion amoureuse son bout dur de désir. Pendant cette tendre secousse, tes yeux  se sont révulsés, et ta respiration est devenue plus haletante que jamais.

Alors, voulant réagir à ma provocation gorgée de sensualité, tu as commencé à promener doucement ton sexe sur ma cuisse... de tout petits millimètres d'une glisse d'amour, mais suffisants pour faire sortir de ta bouche des petits cris délicieux d'excitation, des cris d’impatience, des cris qui me montraient que tu n’en pouvais plus. Et comme si nos délicieux supplices ne suffisaient pas, tu a pris à pleine main mon sexe à la turgescence démoniaque d’envie, et qui attendait, au garde-à-vous… Ce sexe que tu désirais tant.

Nous avons souris de ce doux combat et avons signé une trêve en nous embrassant encore plus profondément, avec encore davantage de volupté… A ce moment, nous avons fusionné. A ce moment, nous aurions été incapables de dire quelle était la limite entre un corps et l'autre... nos corps collés par la chaude sensualité moite et suave qui se dégageait de ces heures de douce passion. Oui, nous avons souris de ce doux combat... aussi parce que nous savions, à ce moment-là, que la nuit était loin d’être finie….

Encore une heure, encore un jour
Entre la bruine aux vitres pâles de Cherbourg
Encore la  flamme
Encore le feu
Encore la femme....

   

.......

 

Cela fait maintenant tellement d'années que cette communion nous a fait décoller. Cette année-là, les journaux parlaient encore et toujours des évènements de mai qui avaient tant perturbé le pays. Comment oublier cette date ? C'était au cours de l'été 1968... : l'année de tes 20 ans... et presque du double pour moi...

Au matin, quand tu es partie, j'ai revu une dernière fois ta chevelure et ton visage en larmes qui s'est retourné pour me dire au revoir... Un "au revoir" qui dure depuis quatre décennies, et qui prend la sinistre amertume de l'adieu. Car depuis ce jour, tu t'es évanouie sans laisser aucune adresse...

Depuis ce temps, malgré mes cheveux blancs, malgré les grimaces que je fais à mes petit-enfants pour les faire rire, je tromperais mon monde si je disais que je pense à toi chaque jour. Je mentirais si je disais que je pense à toi à chaque heure qui passe : toi, tu vis dans chacun de mes instants, dans chacun de mes pas, à travers chacun de mes souffles.

Depuis près de 40 années, et jusqu'à la fin de mon temps...

Et même sûrement bien au-delà....

        

medium_zdos2.jpg

  

Mais où es-tu ?
Si loin sans même une adresse ?
Et que deviens tu ?
L'attente est ma seule caresse

Et je t'aime encore
Comme dans les chansons banales
Et ça me dévore
Et tout le reste m'est égal
De plus en plus fort
A chaque souffle
A chaque pas
Et je t'aime encore
Et toi tu ne m'entends pas....
(*)

   

Lolo

 

* * * * * * * * *

  

Retrouvez la Belle de Granville dans les textes de la fresque éponyme en cliquant ICI.

(*) : texte de Céline Dion

samedi, mars 04, 2006

Un anniversaire à Granville

Le vent de l'hiver souffle sur la ville. Des gens marchent, des gens courent dans les rues, se blottissant dans leurs manteaux. Des gens rient, des gens pleurent. Des gens attendent, des gens bougent.

C'est la vie, quoi...

Mais, au milieu de ce quelque part, un homme pense à tout autre chose. Il vit ailleurs, dans son monde de tendresse qu'il a construit de toutes pièces dans son coeur. Et, en cette après-midi de mars, il ne se pose qu'une seule question : et si, aujourd'hui, c’était son anniversaire ? Que ferait-il s'il vivait réellement dans son monde qu'il s'est créé, dans son "monde à lui" ?

Alors, d’un souffle, tel un chevalier de contes de fées, il se téléporterait à ses cotés… près de Granville et des rochers… Il la regarderait souffler ses bougies, qui enflammeraient magnifiquement son visage si doux, si bon, son visage si lumineux quand elle sourit… Puis il prierait pour qu’aucune ride ne vienne jamais froisser sa peau de soie et de satin, ce tissu réconfortant, magique et divin, au parfum de l'ambre, et aussi pour qu’aucune de ses journées futures ne lui soit terne désormais…

Il serait avec elle, et l'embrasserait très fort dans le cou, en lui souhaitant un heureux anniversaire...

Et puis, d’un bond, il se mettrait à sauter, en l’air, très haut, et il jetterait de sa main une immense giclée d’étoiles pour qu'elles la protègent à jamais… Alors elles se colleraient sous sa voûte, tel des lumignons célestes dans une cathédrale des temps anciens… Une musique magnifique retentirait, en provenance de nulle part. Des violons, des cuivres... La musique de la Gloire, la musique de l'Amour, à l'image de la perfection féminine qu'elle est la seule au monde à oser incarner...

  

Donnez-moi une musique,
Qui soit de chair et de soie,
Donnez-moi une musique, à moi ; 

Qui soit comme la femme,
Qu’on redoute mais qu’on attend,
Qui soit comme la femme,
Qu’on aimera longtemps.

Donnez-moi une musique,
Qui agenouille les rois,
Donnez-moi une musique, à moi...

        

Il le sait, quelque soit son âge, elle sera toujours la plus belle, la plus douce, la plus tendre. Et elle n'en deviendra que meilleure avec le temps. Il le sait... et elle lui manque ! Il donnerait tout pour simplement se coucher, nu, près d'elle, pour se blottir contre son sein, pour enlacer son ventre, pour sentir sa respiration. Il serait calme. Détendu. Serein. Simplement être avec elle. Simplement être contre elle. Simplement çà.

   

Je voudrais tant que tu sois là,
Pour te dire ma solitude,
Pour te dire ma lassitude,
De te savoir si loin de moi...  

            

   

Alors, perdu dans son monde à lui, l'homme se voit tel qu'il en a envie. Comme il le rêve depuis tant d'années, et comme il le rêvera tous ses demains et après-demains que le Ciel voudra bien lui donner. Deux êtres nus qui s'enlacent avec douceur. Avec sensualité. Avec passion. Oubliant le passé, s'enivrant du présent pour construire un futur dans lequel ils ne se quitteront jamais plus.

Puis, dans ses pensées, il se dit, très chevaleresque, avec un panache digne des oeuvres de Rostand : "Que fais-tu là, si loin, sombre idiot ? Va, prends ton cheval, pour voir Granville, et puis mourir". Et, arrivé là-bas, devant cette mer d'émeraude, il lui chanterait Cabrel....

  

Tu viendras longtemps marcher dans mes rêves
Tu viendras toujours du côté
Où le soleil se lève
Et si malgré ça j'arrive à t'oublier
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Aura longtemps le parfum des regrets.

Mais puisqu'on ne vivra jamais tous les deux
Puisqu'on est fous, puisqu'on est seuls
Puisqu'ils sont si nombreux
Même la morale parle pour eux
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux.

   

Mais... parce qu'il y a un "mais" ... : les contes de fées n'existent pas.

medium_seul.jpgEt, loin des rêves inaccessibles, il se le dit avec plus de réalisme et de modestie : il le sait, c'est bien aujourd'hui qu'elle souffle ses bougies. Et lui, il est si loin...

Alors l'homme se regarde ; les remords lui serrent la gorge : sa respiration est à peine perceptible. Il sait sa lâcheté passée, et, maintenant, il n'a qu'à en payer la facture. Il observe la peau de ses mains. Il la trouve blanche, froide. Il se lève de son fauteuil, les yeux gorgés de larmes, et s'approche de la baie de son immense bureau qui domine les tours de la ville. Il plaque sa tête contre la fenêtre et observe l'extérieur. Sa vie ressemble un peu à ce paysage de début mars : froid, blanc, anonyme. Il a froid. Pourtant, le chauffage fonctionne et les vitres sont bien isolées : non, c'est dans son coeur qu'il a froid.

Il ressent des picotements désagréables dans le ventre, dans les jambes : des chatouillis d'angoisse et de solitude ; et ces chatouillis froids et endiablés lui sont insupportables. Il a l'impression que des dizaines de vipères montent le long de ses jambes.

Alors il se met à pleurer toutes les larmes de son corps.

  

J’ai le cœur couleur de marbre, couleur de prison
J’ai les feuilles de mon arbre, en morte saison.
Les vitraux de mon église sont à remplacer
Et toutes mes tours de Pise viennent de tomber.
.......
Tous les merles se recueillent, ils ne chantent plus
Et les livres que j’effeuille, je les ai tous lus,
Dans mes jets d’eau dans mes vasques, qui viendra danser
Qui donc remettra ton masque, pour te remplacer ?
.......
Dans les eaux de ma mémoire, tous les pétroliers
Déversent des marées noires d’oiseaux foudroyés.
C’est le sang de ma blessure qui roussit mes fleurs,
Et j’ai reçu, je le jure, l’automne en plein cœur.

  

Puis il pense à la fête qu'elle doit faire en ce moment, entourée de ceux qu'elle aime... Autour d'elle, il y a peut-être Chantal, Lucie, Estelle, Emilie ? Peut-être qu'un prétendant est à ses cotés, essayant de lui agripper la main juste avant que le champagne ne coule à flots à l'arrivée du dessert étoilé... Un beau jeune homme qui la désire, qui rêve qu'elle éteigne vite ces petites lumières de feu pour qu'ils se retrouvent dans la nuit, loin des lumières, dans le feu de l'intimité au sein de laquelle, très bientôt, il pourra lui dire combien il l'aime... Et elle, nue dans ses draps, exhibant son corps de femme, elle saura lui répondre, en se cambrant de plaisir...

Et quelque part, à l'autre bout d'ailleurs, un homme seul serre dans sa main d'enfant un petit objet fétiche qu'elle lui avait donné du temps où elle l'aimait encore. Le seul objet qui lui donne du réconfort et qui ne le quittera jamais.

Parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, elle lui manque....

  

Seul tout seul, pas plus que moi
Qui vit ma vie sous les lanternes,
Pour cacher qu'il y a en moi
Un coeur gris comme une caserne...

  

Les yeux fermés, il pense à elle, le visage appuyé contre la fenêtre. Il la voit. Il la sent presque. Il entend sa voix, douce et parfumée. Suave et tendre. Il l'entend, il la voit, il la sent : elle est devant lui, devant ses yeux clos. Après un long moment de communion avec lui-même, il ouvre les yeux. Le soleil se couche sur la ville, et le ciel s'assombrit soudainement, jetant dans ses yeux mouillés de larmes, par le jeu des rebonds dans les vitres qui filtrent et retouchent les couleurs, des lumières aux embruns verts et aux effluves invisibles... mais si douces, comme les yeux de sa belle, et comme les reflets de la Manche. Des reflets d'un instant : un instant de bien-être furtif, doux comme du coton, tendre comme sa peau.

Parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, elle lui manque terriblement.   

  

medium_dans_les_yeux_des_femmes.4.jpg

Dans les yeux des femmes y a des gares,
Des trains de retour, des fanfares,
Des hommes qui agitent des mouchoirs de soie,
Des "Je t'aime" plein la voix,

Dans les yeux des femmes y a des bon gré, mal gré,
Des remords, des regrets,
Des "J'aurais dû", "si j'avais su",
La peau d'homme, quel joli tissu...

  


Des reflets d'un instant : un instant de bien-être furtif, doux comme du coton, tendre comme sa peau. Parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, elle lui manque terriblement. Et, entre deux sanglots à peine retenus, il se demande pourquoi, même le jour de l'anniversaire d'un ange, les contes de fées, çà n'existe pas...

 

Dans les yeux des femmes y a surtout
C'qu'on y met quand on en est fou,
Ces temps-ci si j'ai pas l'air gai
C'est qu'les yeux d'une femme m'ont flingué...

          

      

       

Lolo - 2006

   

* * * * *

       

  

Retrouvez la Belle de Granville dans :

- La Belle de Granville
- Les Anges
- De Notre-Dame à la mer
- Quelques pas

mardi, janvier 10, 2006

Quelques pas...

Encore quelques minutes… Juste quelques minutes…

Jmedium_foule.jpge suis au rendez-vous, près de la sortie du métro. Des gens passent à coté de moi, devant, derrière, c’est le quotidien des parisiens, véritables fourmis humaines, des fourmis désordonnées, n'obéissant qu'à une horloge qu'ils semblent avoir avalée. Des voitures klaxonnent, des gens parlent fort. Les gens sont sérieux ou tristes. Les démarches sont rapides et les têtes baissées, ce qui rend encore plus anonyme le paysage de la folie urbaine. Que de bruit en si peu d’espace ! L'odeur en est presque désagréable : un mélange de pots d'échappement et des relents des couloirs du métro.

Et moi je suis là, et j’attends… Elle ne devrait plus tarder, maintenant…

Quelques minutes... juste quelques minutes...

L'escalier du métro débouche sur une placette exiguë autour de laquelle le trafic automobile se calme un peu : c’est la pause déjeuner pour tout le monde.

C'est sur cette place où je suis.

C'est là où j'attends.

Certains magasins ferment leurs rideaux de fer pour une ou deux heures de repos. Malgré l’air vicié, le temps est clément, presque estival, même ici, à Paris, en plein XIVième arrondissement. Bien qu'elle ne vienne pas par le métro, nous nous sommes fixés ce lieu de rendez-vous car il est simple. Impossible de se tromper.

J’attends, et pendant ce temps je commence à me faire des films… Comment est-elle ? A-t-elle changé depuis plus de 6 mois que je ne l’ai vue ? S’est-elle fait coupé les cheveux ? Son sourire est-il toujours aussi radieux ?

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J’attends… Elle est un peu en retard… Mais c’est le propre des gens importants que de savoir se faire attendre. C’est curieux, je suis à la fois excité et terrorisé. Ne vais-je pas paraître trop insipide ? Est-elle vraiment heureuse de me revoir ? Je guette la rue en face de moi, celle par laquelle elle devrait arriver, d'une seconde à l'autre...

J’attends. Encore et toujours. Elle n’a que cinq minutes de retard, mais j’ai un peu de mal à maîtriser la différence entre les heures et les milli-secondes… Mais mains sont moites…

  

Je m'sens tout p'tit devant cette fille,
Celle pour qui mon coeur s'habille,
Aux premiers rayons du printemps,
Je m'sens tout p'tit, je m'sens pas grand...

  

Quelques minutes encore...

Depuis tout ce temps, toutes ces nuits sans la voir, toutes ses nuits sans l'avoir, il s'est passé mille choses. Au cours du temps, nos conversations se sont faites d'abord un peu moins fréquentes, puis franchement plus espacées, et surtout moins personnelles. Moins intimes. Et puis j'ai rapidement été agacé par ce "Jean-Jacques", dont elle me parlait de plus en plus, celui avec lequel elle a commencé à aller au restaurant, puis au cinéma ... Celui à qui elle s'est confiée... Celui qui, avec le temps, lui manquait quand il s'absentait.

Celui ... qui m'a remplacé....

Les années passent, elle est toute seule,
Un autre arrive avec des fleurs,
Il l'attend des heures sous la pluie....
Les années passent, elle est toute seule,
Elle en a marre de voir sa gueule
Qui se dessèche, elle lui dit.... oui....

   

Qu'ont-ils fait ensemble ? Jusqu'où sont-ils allés ? Mais je n'ai à m'en prendre qu'à moi. Tous ces kilomètres, tout ce temps mis entre nous n'a fait qu'affecter sa tendresse. Je n'avais qu'à rester en France, après tout.... ou repartir, mais avec elle...

Soudain, cassant le fil de mes pensées, de la rue qui monte vers la placette, je la reconnais.

C'est elle.

Elle...

Elle...

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Elle balaiera toutes les fleurs de mon soleil
Elle blanchira mes nuits me privant de sommeil
Elle mettra mes nerfs à bout
Jusqu'à dormir debout
Jusqu'à faire de ma vie une nuit d'amour
Elle balaiera de ma vie toutes mes gazelles
Abolira tout ce qui est en dehors d'elle
Pourtant c'est elle que je veux
Et tant pis si les Dieux se détournent de moi...

 

Je l’aurais reconnu entre mille, avec sa démarche élégante, si belle, si féminine ; elle se dirige vers moi. Elle est loin, mais je ne la quitte pas des yeux, elle et son pas à la fois dynamique et féminin, volontaire et tendre, ... tout à son image…

Elle, si douce,... si rassurante...

Elle ne m’a pas encore vu, mais elle se rapproche. Je me régale à la regarder. Je bois son image de tout mon saoul. Je m'enivre de son visage qui se rapproche. Je me noie dans ses yeux de déesse.

Elle n’a pas encore traversé le flot des voitures qui passent et qui mettent un mur entre elle et la place où je suis. Elle s’est arrêtée, attendant que la signalisation l’autorise à traverser. Elle me cherche du regard.

Elle ne m’a pas encore vu. Sa tête tourne et se dirige tout doucement vers moi.

Encore un tout petit peu…

Ca y est...

Ca y est, ses yeux croisent les miens…

Le temps s'est soudainement arrété. Je suis comme dans un film qui passerait au ralenti ; je n'entends plus rien. Je n'ai plus mes sens actifs, puisque tout est concentré sur ce regard. Je ne perçois que quelques bruits sourds, lents et lointains.

Ca y est, ses yeux croisent les miens…

J'entends au loin quelques cris d'enfants qui sortent de l'école. J'entends quelques bruits de voix, mais je ne sais pas en quelle langue ils sont échangés. On claque une porte. Tout se déroule au ralenti, comme dans du coton. Je ne sens plus mes jambes. Mon bonheur est tellement grand qu'il est sorti de mon corps qui se met en mode automatique, ne gérant plus que les fonctions vitales.

Ca y est, ses yeux croisent les miens…

Et tout est suspendu à la réponse de son regard.

Ca y est, ses yeux croisent les miens…

... Et son visage arbore un sourire gracieux qui répond favorablement au plaisir que j’ai de la voir. La vie, subitement, se remet en marche. Je distingue davantage les voix, les ombres, les odeurs : la vie reprend ses droits.

Enfin le feu des voitures passe au rouge. Elle traverse, elle arrive, elle vient. J'ai peur. Mes doigts sont blancs d'angoisse ; mes pieds sont si glacés que je ne les ressens même plus au fond de mes chaussures.

J'ai froid d'inquiétude.

Enfin, elle met le pied sur la place où je suis. Où je l'attends. Moi je suis immobile. J’ai lâché ma valise et je dois sûrement avoir un air hébété… Mais qu’importe ! Encore quelques pas, elle je pourrai sentir son parfum.

Juste quelques pas, c’est tout. Ce n’est pas grand chose, après tout, quelques pas. Que ces secondes sont fortes à vivre !

Elle se rapproche...

Je peux la contempler car aucun badaud n’a eu la mauvaise idée de se mettre entre elle et moi. Mais sa venue sur la petite place a complètement changé mon environnement. Je ne sens plus la pollution ambiante, et je ne vois plus les voitures qui, pourtant, sont encore nombreuses. Je ne suis plus à coté d’une bouche de métro en plein XIVème arrondissement.

Je suis ailleurs.

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Il y a ton orage dans l'air
Il y a ton sourire sur la mer
Il y a ton éclair, ton électricité...

  

Des embruns marins, bien que frais, me réchauffent le sang et je vois tout autour de moi des dizaines de bateaux qui rentrent ou sortent du port de Saint-Pair sur Mer. Les couleurs qui m’environnent sont celle de la Manche, le vert des émeraudes de ses yeux et du ciel de Granville se mêlent. J’entends les mouettes qui poursuivent des bateaux de pêche qui rentrent chargés de ces poissons qui seront vendus dans quelques heures sur les marchés environnants. Je ne suis plus au bord d'une rue : je suis au bord de la mer.

Et Elle, elle est seule, seule avec moi, sur cette île.

medium_z_saint_pair2.jpg


Ce serait là, face à la mer immense
Là, sans espoir d'espérance
Tout seul face à ma destinée
Plus seul qu'au cœur d'une forêt
Ce serait là, dans ma propre défaite
Tout seul sans espoir de conquête
Que je saurai enfin pourquoi
Je t'ai quittée, moi qui n'aime que toi....

Encore quelques pas… Tu viens, tu te rapproches et je te regarde. Tiens, tes cheveux sont ondulés maintenant ! Il faudra que je te le dise : çà te va bien. Mais de toute façon, même chauve, même flanquée de la perruque la plus ringarde, tu serais toujours la plus belle, alors…. J’admire tes longues et belles jambes, que tu sais si bien mettre en valeur ! Un pantalon noir, sobre, simple, pour souligner si agréablement leur mètre-zéro-cinq dont tu es si fière !

Encore quelques pas, et je pourrai sentir ton parfum, apposer un baiser dans ton cou, sentir ta peau douce et réconfortante. Ta peau.... cette peau qui est plus protectrice, pour moi, que toutes les armures des soldats des temps anciens. Cette peau qui, lorsqu'elle est à mon contact, même furtivement, me protège comme une bulle inviolable de toutes les pandémies de la Terre, et de tous les animaux sauvages affamés d'Afrique.

 

L'espérance est une île
Et les îles me plaisent
Où le regard se perd
Au pied d'un pilotis
J'arrimerai ma chaise
Et j'attendrai... la mer.

   
Encore quelques pas, et…

Mais je continue de t’admirer. Comme tu t’approches de moi, je peux mieux voir tous tes délicieux détails. Tu ne me quittes pas des yeux. Ton visage est radieux. Ton sourire franc et sincère. Je suis heureux de le revoir. Rien ne m’aurait fait plus de mal que de voir de l’indifférence dans tes yeux. Mais non, la réponse est celle que j’espérais. Maintenant, je peux distinguer tes fossettes, qui mettent une touche finale au tableau de la perfection féminine. Tes cheveux volent au vent des embruns marins : çà sent bon ton pays.

   

Les vagues de la mer
Sont des baisers
Que la mer vient poser
Quand elle s'ennuie d'attendre.
Les vagues de la mer
Sont des baisers
Le sable tend sa joue
A cette femme tendre.

 

Encore quelques pas, et enfin…

Je contemple ton buste, toujours aussi noble et fier. Il fait chaud en cette saison et ta tenue est légère. Ton chemisier sans manches, de couleur chair, est tenu par des bretelles quasiment invisibles, ce qui laisse entrevoir une large part de la nudité du haut de ta gorge... ce voile fin et moulant ne laisse aucune ambiguïté sur le détail adorable de tes tétons saillants, qui modèlent ton buste de façon délicieusement désirable. Est-ce le vent qui souffle sur cette île qui te fait cet effet ?

 

Je voudrais m’embarquer
M’éloigner du quai
Laver ce coeur que Paris a rendu gris
Faire par la mer
Le tour de la terre
Avec pour seul oriflamme
Ton corps de femme…

 

Encore quelques pas, juste quelque secondes. Déjà, je commence à ressentir le parfum du bien-être, cette magie de la chimie qui produit, sur ton corps seulement, cette réaction si extraordinairement percutante.

Juste quelques pas. Enfin voilà, tu arrives. Enfin, le contact que j'espérais dans mes rêves les plus fous, depuis plus de 6 mois. Tu ne t’es pas arrêtée, et presque avec surprise, tu t’es blottie dans mes bras, m’enserrant aussi fort que je t’enserre, m’offrant, tout comme je le fais pour toi, des bisous gorgés de tendresse dans mon cou, murmurant que l’absence a été bien trop longue aussi pour toi.

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Enfin, le contact...

 

Mais d'aventure, en aventure
De train en train, de port en port
Jamais encore je te le jure
Je n'ai pu oublier ton corps
Mais d'aventure en aventure
De train en train, de port en port
Je n'ai pu fermer ma blessure
Je t'aime encore.

 

A ce moment précis, toutes les lois de la gravitation terrestre sont remises en cause. A ce moment précis, je n'ai plus aucune confiance ni en Newton, ni en Galilée. Les mouettes s'affolent autour de nous ; les bateaux rentrent au port de Saint-Pair. Le soleil réchauffe l'océan. Et mon coeur se remet à battre ; mon sang reflue dans mes veines ridées, ma peau se rosit instantanément. A ce moment-là, je sais que les ailes qui me font décoller, celles qui me permettent de voir les nuages à mes pieds, ce sont celles qui ont poussé dans ton dos.

Mais de tes mots, si sincères, si doux et si forts soient-ils, je ne ressens qu'une profonde, authentique et immense affection... Pas davantage. Alors, à cet instant précis, je comprends que de ta vie je n'aurai plus à en espérer l'essentiel. Tu la feras ailleurs...

Je suis perdu entre l'angoisse de ce constat et la joie indicible de te revoir. Perdu entre le chaud et le froid, entre la vie et la mort, entre le doux et le rude... entre l'amour et le néant. Mes sentiments se carambolent. Extérieurement, je souris ; intérieurement, je fonds en larmes.

Instantanément je comprends que ma vie à moi, pour quelques décennies encore, deviendra alors un véritable supplice, adouci par ces quelques rencontres furtives futures que j'espère continuer à avoir avec toi ; aussi, les quelques "miettes" de ta vie que tu m'offriras, je les prendrai avec plus de délectation que les mets les plus raffinés qui étaient servis aux tables des empereurs des siècles passés. Je sais que ces quelques miettes auront un éclat plus brillant que les joyaux des palais des rois, des diamants les plus purs ou des pépites d'or les plus lourdes. Je sais que ces quelques miettes donneront à mon coeur la chaleur qui lui permettra de rebattre, à mon sang le courage de recirculer dans mes veines. Je sais que, dorénavant, ces quelques miettes de vie offerte me feront remonter le temps et revivre les plus beaux moments de mon existence... elles seront mes "Madeleines de Proust" qui me transporteront vers un passé toujours présent....

...vers des cieux de tranquillité, de bonheur, d'amour... et de bien-être.
 

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Je t'emporte dans ma chanson d'amour
Inventée pour toi
Avec simplicité
Mes copains rient de ma chanson
Mais moi mon copain c'est toi
Contre le monde entier
Qu'ils aillent à la fête sans moi
Car la seule fête pour moi
C'est seulement de t'aimer
Avec simplicité...

 

  

Laurent

 

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