samedi, mars 04, 2006
Un anniversaire à Granville
Le vent de l'hiver souffle sur la ville. Des gens marchent, des gens courent dans les rues, se blottissant dans leurs manteaux. Des gens rient, des gens pleurent. Des gens attendent, des gens bougent.
C'est la vie, quoi...
Mais, au milieu de ce quelque part, un homme pense à tout autre chose. Il vit ailleurs, dans son monde de tendresse qu'il a construit de toutes pièces dans son coeur. Et, en cette après-midi de mars, il ne se pose qu'une seule question : et si, aujourd'hui, c’était son anniversaire ? Que ferait-il s'il vivait réellement dans son monde qu'il s'est créé, dans son "monde à lui" ?
Alors, d’un souffle, tel un chevalier de contes de fées, il se téléporterait à ses cotés… près de Granville et des rochers… Il la regarderait souffler ses bougies, qui enflammeraient magnifiquement son visage si doux, si bon, son visage si lumineux quand elle sourit… Puis il prierait pour qu’aucune ride ne vienne jamais froisser sa peau de soie et de satin, ce tissu réconfortant, magique et divin, au parfum de l'ambre, et aussi pour qu’aucune de ses journées futures ne lui soit terne désormais…
Il serait avec elle, et l'embrasserait très fort dans le cou, en lui souhaitant un heureux anniversaire...
Et puis, d’un bond, il se mettrait à sauter, en l’air, très haut, et il jetterait de sa main une immense giclée d’étoiles pour qu'elles la protègent à jamais… Alors elles se colleraient sous sa voûte, tel des lumignons célestes dans une cathédrale des temps anciens… Une musique magnifique retentirait, en provenance de nulle part. Des violons, des cuivres... La musique de la Gloire, la musique de l'Amour, à l'image de la perfection féminine qu'elle est la seule au monde à oser incarner...
Donnez-moi une musique,
Qui soit de chair et de soie,
Donnez-moi une musique, à moi ;
Qui soit comme la femme,
Qu’on redoute mais qu’on attend,
Qui soit comme la femme,
Qu’on aimera longtemps.
Donnez-moi une musique,
Qui agenouille les rois,
Donnez-moi une musique, à moi...
Il le sait, quelque soit son âge, elle sera toujours la plus belle, la plus douce, la plus tendre. Et elle n'en deviendra que meilleure avec le temps. Il le sait... et elle lui manque ! Il donnerait tout pour simplement se coucher, nu, près d'elle, pour se blottir contre son sein, pour enlacer son ventre, pour sentir sa respiration. Il serait calme. Détendu. Serein. Simplement être avec elle. Simplement être contre elle. Simplement çà.
Je voudrais tant que tu sois là,
Pour te dire ma solitude,
Pour te dire ma lassitude,
De te savoir si loin de moi...
Alors, perdu dans son monde à lui, l'homme se voit tel qu'il en a envie. Comme il le rêve depuis tant d'années, et comme il le rêvera tous ses demains et après-demains que le Ciel voudra bien lui donner. Deux êtres nus qui s'enlacent avec douceur. Avec sensualité. Avec passion. Oubliant le passé, s'enivrant du présent pour construire un futur dans lequel ils ne se quitteront jamais plus.
Puis, dans ses pensées, il se dit, très chevaleresque, avec un panache digne des oeuvres de Rostand : "Que fais-tu là, si loin, sombre idiot ? Va, prends ton cheval, pour voir Granville, et puis mourir". Et, arrivé là-bas, devant cette mer d'émeraude, il lui chanterait Cabrel....
Tu viendras longtemps marcher dans mes rêves
Tu viendras toujours du côté
Où le soleil se lève
Et si malgré ça j'arrive à t'oublier
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Aura longtemps le parfum des regrets.
Mais puisqu'on ne vivra jamais tous les deux
Puisqu'on est fous, puisqu'on est seuls
Puisqu'ils sont si nombreux
Même la morale parle pour eux
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux.
Mais... parce qu'il y a un "mais" ... : les contes de fées n'existent pas.
Et, loin des rêves inaccessibles, il se le dit avec plus de réalisme et de modestie : il le sait, c'est bien aujourd'hui qu'elle souffle ses bougies. Et lui, il est si loin...
Alors l'homme se regarde ; les remords lui serrent la gorge : sa respiration est à peine perceptible. Il sait sa lâcheté passée, et, maintenant, il n'a qu'à en payer la facture. Il observe la peau de ses mains. Il la trouve blanche, froide. Il se lève de son fauteuil, les yeux gorgés de larmes, et s'approche de la baie de son immense bureau qui domine les tours de la ville. Il plaque sa tête contre la fenêtre et observe l'extérieur. Sa vie ressemble un peu à ce paysage de début mars : froid, blanc, anonyme. Il a froid. Pourtant, le chauffage fonctionne et les vitres sont bien isolées : non, c'est dans son coeur qu'il a froid.
Il ressent des picotements désagréables dans le ventre, dans les jambes : des chatouillis d'angoisse et de solitude ; et ces chatouillis froids et endiablés lui sont insupportables. Il a l'impression que des dizaines de vipères montent le long de ses jambes.
Alors il se met à pleurer toutes les larmes de son corps.
J’ai le cœur couleur de marbre, couleur de prison
J’ai les feuilles de mon arbre, en morte saison.
Les vitraux de mon église sont à remplacer
Et toutes mes tours de Pise viennent de tomber.
.......
Tous les merles se recueillent, ils ne chantent plus
Et les livres que j’effeuille, je les ai tous lus,
Dans mes jets d’eau dans mes vasques, qui viendra danser
Qui donc remettra ton masque, pour te remplacer ?
.......
Dans les eaux de ma mémoire, tous les pétroliers
Déversent des marées noires d’oiseaux foudroyés.
C’est le sang de ma blessure qui roussit mes fleurs,
Et j’ai reçu, je le jure, l’automne en plein cœur.
Puis il pense à la fête qu'elle doit faire en ce moment, entourée de ceux qu'elle aime... Autour d'elle, il y a peut-être Chantal, Lucie, Estelle, Emilie ? Peut-être qu'un prétendant est à ses cotés, essayant de lui agripper la main juste avant que le champagne ne coule à flots à l'arrivée du dessert étoilé... Un beau jeune homme qui la désire, qui rêve qu'elle éteigne vite ces petites lumières de feu pour qu'ils se retrouvent dans la nuit, loin des lumières, dans le feu de l'intimité au sein de laquelle, très bientôt, il pourra lui dire combien il l'aime... Et elle, nue dans ses draps, exhibant son corps de femme, elle saura lui répondre, en se cambrant de plaisir...
Et quelque part, à l'autre bout d'ailleurs, un homme seul serre dans sa main d'enfant un petit objet fétiche qu'elle lui avait donné du temps où elle l'aimait encore. Le seul objet qui lui donne du réconfort et qui ne le quittera jamais.
Parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, elle lui manque....
Seul tout seul, pas plus que moi
Qui vit ma vie sous les lanternes,
Pour cacher qu'il y a en moi
Un coeur gris comme une caserne...
Les yeux fermés, il pense à elle, le visage appuyé contre la fenêtre. Il la voit. Il la sent presque. Il entend sa voix, douce et parfumée. Suave et tendre. Il l'entend, il la voit, il la sent : elle est devant lui, devant ses yeux clos. Après un long moment de communion avec lui-même, il ouvre les yeux. Le soleil se couche sur la ville, et le ciel s'assombrit soudainement, jetant dans ses yeux mouillés de larmes, par le jeu des rebonds dans les vitres qui filtrent et retouchent les couleurs, des lumières aux embruns verts et aux effluves invisibles... mais si douces, comme les yeux de sa belle, et comme les reflets de la Manche. Des reflets d'un instant : un instant de bien-être furtif, doux comme du coton, tendre comme sa peau.
Parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, elle lui manque terriblement.

Dans les yeux des femmes y a des gares,
Des trains de retour, des fanfares,
Des hommes qui agitent des mouchoirs de soie,
Des "Je t'aime" plein la voix,
Dans les yeux des femmes y a des bon gré, mal gré,
Des remords, des regrets,
Des "J'aurais dû", "si j'avais su",
La peau d'homme, quel joli tissu...
Des reflets d'un instant : un instant de bien-être furtif, doux comme du coton, tendre comme sa peau. Parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, elle lui manque terriblement. Et, entre deux sanglots à peine retenus, il se demande pourquoi, même le jour de l'anniversaire d'un ange, les contes de fées, çà n'existe pas...
Dans les yeux des femmes y a surtout
C'qu'on y met quand on en est fou,
Ces temps-ci si j'ai pas l'air gai
C'est qu'les yeux d'une femme m'ont flingué...
Lolo - 2006
* * * * *
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00:05 Publié dans Ma Belle de Granville | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note



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Commentaires
Je l'ai relu deux fois et je suis sous le charme!!! il y a tellement d'amour, de mélancolie dans ces mots!!! il l'aime tellement!! C'est très beau!!! je suis toujours émerveillée de voir que des gens peuvent s'aimer à ce point!!! Je suis certaine que beaucoup d'entre vous sont dans le cas, que vous aimez plus que tout un homme ou une femme!!!
Lolo, ce texte est à la hauteur du premier!!!! Je crois que c'est mon deuxième préféré!!!!!!
Plein de bravo!!!! Et continue!!!
Gros poutoux!!
Ecrit par : Zou | samedi, mars 04, 2006
Magnifique, comme d'habitude Laurent...futur grand prix littéraire.....?
Les chants desespérés, sont les chants les plus beaux J'en connais d' imbéciles Qui sont de purs sanglots !
Tu es doué...
Ecrit par : isabelle | samedi, mars 04, 2006
Bravo Lolo!!!je ne sais quoi dire tellement que c'est beau!
Sublime!continue!
gros bisous
Ecrit par : melissa | samedi, mars 04, 2006
que rajouter à tous ces commentaires ? C'est un vrai plaisir ... que de te lire , Laurent ! Et comme on aimerait être à la place de cette femme, comme on aimerait entendre ces mots d'amour de l'homme qu'on aime !!
Merci encore
Ecrit par : nicole | dimanche, mars 05, 2006
ben mon lolo ,tu avais raison on est mort de rire ,c'est très beau mais alors bouhh,c'est où le rhône que jailles m'y jeter!!
Ecrit par : isa38 | dimanche, mars 05, 2006
Mélancolie quand tu nous tiens...A défaut de me fendre la poire, je me suis fendue d'une larme. Bravo Lolo, tu devrais publier.
Ecrit par : Patou | dimanche, mars 05, 2006
Absolument magnifique. Mais bon sang que cet homme tente le tout pour le tout et plaque sa vie qu'il a et fonce la rejoindre . Je suis sure qu'elle a encore de la flamme elle-aussi pour se jeter dans ses bras . !!!!
Surtout continuez vos texte sur cet amour. C'est vraiment superbe . Avez-vous pensé à publier plus oficiellement vos oeuvres ?
l'émotion déborde de chacun de vos mots , de chacune de vos métaphores -
Mille bravos a vous ; Ne vous aretez pas, s'il vous plait . !
Ecrit par : Ludivine | lundi, mars 06, 2006
bravo lolo c'est formidable ce que tu ecrit! j'aimerai savoir en faire autent!
Ecrit par : isa 21 | lundi, mars 06, 2006
Beaucoup de charme dans ton histoire, Lol.
Ecrit par : danièle | lundi, mars 06, 2006
oui....bien sûr...
Gérard
Ecrit par : Gérard Blaireau | lundi, mars 06, 2006
Vraiment magniqfiue !
Vivement le sixieme episode !
Je suis imapatiente !
Ecrit par : Fabienne | dimanche, mars 12, 2006
C'est magnifique Lolo... J'en ai les larmes aux yeux... Il y a tellement de vérité dans tes mots, on est plongé dans ce corps d'homme malheureux, on sent les mots résonner et on ressent sa douleur... C'est incroyable ta façon d'écrire et de pouvoir autant faire ressentir les choses à tes lecteurs... Je suis toujours aussi conquise par tes récits.... Et... oui, vivement la suite pour nous emmener dans tes mots, dans la vie de ce personnage auquel nous sommes attachés. Je le suis particulièrement en tout cas... Bravo à toi pour ton talent... et merci de nous l'offrir !!!
Ecrit par : Violette | dimanche, mars 12, 2006
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